La Grèce qu’on cherchait, celle des criques vides, des tavernes sans queue, des bivouacs au bord de l’eau sans voisin de palier — ne se trouve plus vraiment en Grèce. Elle s’est déplacée à 400 kilomètres au nord, dans un pays que la plupart des voyageurs français n’ont jamais mis sur leur liste. L’Albanie. Ce petit État des Balkans, à peine plus grand que la Bretagne, concentre tout ce qui a fait rêver une génération sur la Méditerranée : eaux turquoise, patrimoine ottoman intact, accueil qui désarme, et routes où votre van est encore une curiosité bienveillante plutôt qu’un obstacle.
À retenir
- Pourquoi la Grèce n’est plus accessible en van depuis 2025 et où les voyageurs se tournent maintenant
- L’Albanie propose des spots de bivouac toléré et des campings à 5-15€/nuit, mais cette fenêtre se ferme rapidement
- Berat et Gjirokastër offrent le charme ottoman que Santorin a perdu, avec une authenticité humaine encore intacte
Ce que la Grèce n’est plus
Depuis 2025, il n’est plus possible de stationner en dehors des zones dédiées aux camping-cars en Grèce, y compris dans des régions aussi adaptées à la van life que le Péloponnèse. Ce n’est pas un détail. C’est la fin d’un mythe. Santorin et Mykonos affichent des prix multipliés par 3 en dix ans, des réservations à six mois minimum en haute saison, et certains villages des Cyclades accueillent plus de touristes par jour que d’habitants permanents. Pour ceux qui voyagent en van, la Grèce est devenue une destination où le moindre spot face à la mer génère une amende ou un coup de klaxon de la police locale.
À deux heures de ferry depuis Corfou, l’Albanie offre exactement la même mer, les mêmes couleurs, la même lumière méditerranéenne, avec vingt ans de retard sur le tourisme de masse. Ce retard, c’est précisément ce qu’on vient chercher en van.
L’Albanie en van : ce que personne ne vous dit vraiment
Le camping sauvage est assez bien toléré pour l’instant. En réalité, ce n’est pas encore vraiment réglementé, donc il y a moyen de trouver des spots facilement. Pour un vaniste, c’est une fenêtre rare. Les campings officiels sont souvent familiaux et très abordables, entre 5 et 15 euros la nuit pour deux personnes avec van, eau, électricité et parfois un accès direct à la plage.
L’itinéraire classique descend le long de la côte : Tirana, Durrës, puis la route SH8 qui longe la Riviera jusqu’à Saranda. Le col de Llogara constitue un passage spectaculaire entre la côte nord et sud de la Riviera. Cette route sinueuse grimpe à plus de mille mètres d’altitude avant de redescendre vers la mer. Le parc national de Llogara protège une forêt dense peuplée de pins noirs et de sapins, contrastant magnifiquement avec le bleu intense de la mer en contrebas. On parle d’un décor qui fait oublier qu’on est en Europe.
Le pendant culturel n’est pas en reste. Le centre historique de Gjirokastër a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2005, et le centre historique de Berat a rejoint le même classement en 2008, formant ensemble les Centres historiques de Berat et Gjirokastër. Impossible de ne pas tomber sous le charme de Berat, cité en pur style ottoman construite à flanc de colline, surnommée « la ville aux mille fenêtres ». Garer son van devant ces façades blanches, partir à pied dans les ruelles à 7h du matin sans croiser âme qui vive : c’est exactement ça, la Grèce d’avant.
Les Albanais sont très accueillants, et il n’est pas rare qu’ils proposent spontanément un emplacement sur leur terrain. Le pays est encore relativement préservé du tourisme de masse, ce qui permet de découvrir le vrai côté de ce pays, l’authenticité de sa population et sa gentillesse. Un code non écrit que les habitués de la van life reconnaissent immédiatement : celui des pays où le rapport humain n’a pas encore été formaté par l’industrie touristique.
Les points de friction qu’il vaut mieux connaître avant
Le tableau serait incomplet sans ses zones d’ombre. Une fois en Albanie, on constate rapidement deux choses : l’état des routes, et surtout les déchets. La saleté est omniprésente, et c’est tellement dommage tant ce pays est magnifique. Certains tronçons montre des nids-de-poule sévères, particulièrement dans les zones de montagne au nord du pays. Il sera largement plus simple de trouver des spots en van qu’en gros camping-car, car les routes et chemins sont parfois vraiment limites pour les gros gabarits.
Côté logistique, l’eau reste le défi numéro un. La difficulté de trouver les services, eau, vidanges, est un point à prendre en compte. Pour l’eau, il faudra souvent compter sur une source dans un village. Prévoir un réservoir dimensionné pour au moins trois jours n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Pour le passage de frontière, pas de surprise : la carte d’identité suffit et les papiers du véhicule, et on passe sans aucun problème.
Sur le budget, gare aux idées reçues. Le coût de la vie est environ 40 % moins élevé qu’en France, mais le gazole s’avère parfois plus cher qu’à la maison, autour de 1,75 euro le litre en 2025, et les courses au supermarché tournent quasiment aux mêmes prix. C’est la restauration et l’hébergement qui font vraiment la différence. Les restaurants proposent des plats locaux à des prix raisonnables, avec des menus complets pouvant coûter entre 5 et 10 euros. Un menu de dégustation à Berat revient à 28 euros pour deux, soit 14 euros par personne, et c’est la fourchette haute.
La fenêtre se referme : une réalité à ne pas ignorer
L’Organisation mondiale du tourisme a classé l’Albanie comme la destination affichant la plus forte croissance touristique au monde pour 2024. Le pays a enregistré une augmentation de 82 % des arrivées de touristes par rapport à 2019. Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Autrefois perçue comme un paradis préservé, l’Albanie est aujourd’hui confrontée à une croissance touristique qui menace de détruire ce qui faisait sa singularité. L’urbanisation galopante ravage les paysages autrefois vierges, et des sites de la côte sud sont désormais défigurés par des constructions en béton.
L’Albanie suit la même trajectoire que la Croatie dix ans en arrière. Dans cinq ans, les plages de la Riviera seront beaucoup plus bondées. La bonne nouvelle pour les vanistes, c’est que cette pression reste pour l’heure concentrée sur les stations balnéaires en juillet et août. Bivouaquer directement au bord de l’eau est plus facile hors juillet-août, et mai-juin ou septembre représentent les meilleures périodes : la mer est encore chaude mais les foules ont nettement diminué.
Un fait peu connu mérite d’être mentionné en guise de point de repère géographique : près de 70 % du territoire albanais est constitué de paysages montagneux et de régions d’altitude. ceux qui pensent l’Albanie comme une simple destination balnéaire passent à côté de la majorité du pays. Dans les Alpes dinariques, à la frontière avec le Monténégro et le Kosovo, maisons traditionnelles, vieilles églises, cascades et gorges sont au rendez-vous, et les campings y sont quasi inexistants, ce qui signifie que le bivouac sauvage reste la règle, pas l’exception.
Sources : travelandtourworld.fr | au-bord-du-quai.fr