180 kilomètres de crêtes acérées, plus de 11 000 mètres de dénivelé positif cumulé, et des paysages qui justifient chaque ampoule. Le sentier traverse la Corse du Nord au Sud, de Calenzana à Conca — un itinéraire mythique que des milliers de randonneurs tentent chaque année. Le problème ? Le taux d’abandon moyen sur le GR20 est d’environ 30% à 40%, et certaines sources évoquent même jusqu’à 50% d’échecs. Autant dire que ce trek ne s’improvise pas un dimanche matin devant un café.
Ce guide ultra-complet vous accompagne dans chaque étape de la préparation : de l’entraînement physique qui commence des mois avant le départ, jusqu’aux stratégies de ravitaillement qui feront la différence entre finir triomphant et abandonner au refuge de Carrozzu. Pour les passionnés de randonnée longue distance, le GR20 représente un accomplissement majeur — à condition de le préparer avec méthode.
Le GR20 : présentation du trek le plus difficile d’Europe
Caractéristiques générales du sentier corse
En Corse, le GR20, aussi appelé localement Fra li Monti (« à travers les montagnes »), est l’un des sentiers de trek les plus exigeants d’Europe. Le parcours officiel compte 16 étapes, réparties sur environ 180 km avec un dénivelé positif total avoisinant les 11 000 mètres. Parcourir le GR20 dans son intégralité demande environ 14 jours de marche avec une bonne condition physique.
Le terrain fait toute la particularité — et la difficulté — de ce sentier. Le terrain est particulièrement accidenté. Il est composé de dalles rocheuses et de passages exposés, nécessitant une expérience solide en randonnée alpine. Oubliez les chemins forestiers roulants : ici, vous progresserez sur des chaos granitiques, des dalles lisses et des pierriers instables.
Pourquoi le GR20 est-il si réputé difficile ?
Avec un dénivelé total qui avoisine les 10 000 mètres, il met à rude épreuve l’endurance physique des participants. Mais ce n’est pas tout. Le parcours est truffé de passages techniques nécessitant une bonne coordination et une maîtrise de soi face au vide, notamment sur des crêtes aériennes et des terrains rocailleux.
La météo corse ajoute une couche de complexité. Les conditions météorologiques sur l’île de la Corse sont imprévisibles et peuvent changer radicalement en l’espace de quelques heures, rendant certaines sections du GR20 particulièrement périlleuses. En pleine après-midi d’été, un orage violent peut s’abattre sur les crêtes en moins de trente minutes.
Les randonneurs doivent être prêts à marcher 6 à 8 heures par jour sur ce type de terrain technique. Et ce pendant deux semaines consécutives. Le cumul de fatigue constitue l’un des facteurs d’abandon les plus sous-estimés.
Statistiques et taux d’abandon du parcours
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Cette combinaison d’exigences explique pourquoi le taux d’abandon sur le GR20 peut atteindre 50% certaines années. Les données France Montagnes 2024 montrent que 64% des abandons surviennent dans le sens nord-sud, soit 2,5 fois plus qu’en sens inverse.
60% des abandons du GR20 sont dus à deux facteurs uniques : la surcharge des sacs à dos qui atteignent des poids souvent invraisemblables. Il ne doit jamais excéder 15% à 20% de votre poids de corps.
Les douleurs d’épaules et lombaires comptent parmi les principales causes d’abandon sur le GR20. Résultat ? Une préparation physique ciblée et un équipement optimisé deviennent non négociables.
Préparation physique spécifique au GR20
Programme d’entraînement 6 mois avant le départ
Combien de temps faut-il pour se préparer au GR20 ? Beaucoup d’experts recommandent une préparation d’environ 3 à 4 mois avant un trek de ce type. Bien sûr, cela dépend de ton niveau de départ : si tu es déjà un randonneur régulier ou un sportif actif, tu pourras peut-être te contenter de 2 mois intensifs. En revanche, si tu débutes ou reprends le sport, 4 à 6 mois ne seront pas de trop.
La préparation au GR20 demande du temps et de la régularité. Comptez entre 8 et 12 semaines, découpées en cycles de trois semaines d’entraînement intensif suivies d’une semaine de récupération.
L’objectif : développer simultanément l’endurance cardiovasculaire et la résistance musculaire spécifique. On vous conseille de marcher avec du poids sur le dos et de faire des sorties avec du dénivelé positif et négatif si possible. Et bien entendu d’avoir une activité sportive annexe pour préparer votre corps et le renforcer.
Renforcement musculaire pour les passages rocheux
Le cardio ne suffit pas. Votre dos, vos jambes, vos genoux et vos chevilles seront mis à rude épreuve par le poids du sac, les montées et les descentes, les cailloux et les terrains instables.
Exercices clés à intégrer :
- Squats et fentes : indispensables pour les cuisses et fessiers sollicités dans les montées
- Step-ups : utiliser un banc ou une marche pour cet exercice, qui imite l’action de monter des escaliers ou des pentes raides. Il renforce les cuisses et les fessiers tout en améliorant l’équilibre.
- Gainage et exercices de proprioception : essentiels pour la stabilité sur terrain instable
- Travail des chevilles : Pensez à travailler vos appuis et vos chevilles car vous serez souvent confrontés à des terrains instables.
Pour ceux qui préparent aussi d’autres défis, le tour du Mont-Blanc randonnée constitue un excellent entraînement préparatoire quelques mois avant le GR20.
Tests de condition physique avant le départ
Dans le mois précédant votre départ, planifiez au minimum trois randonnées d’une journée reproduisant les conditions que vous rencontrerez en Corse. L’enchaînement de deux jours consécutifs de randonnée intense constitue un excellent test pour évaluer votre capacité à récupérer. Si possible, testez-vous sur un week-end complet avec nuit en refuge ou sous tente pour simuler les conditions spartiates du GR20.
Nous vous recommandons de ne pas trop « forcer » les 10/15 jours avant votre départ sur le GR20. Ce n’est plus à cette période que l’on progresse. Au contraire, en continuant de s’entraîner, on risque de continuer de créer de la fatigue qui peut être préjudiciable.
Équipement indispensable pour le GR20
Matériel de montagne obligatoire
Quel équipement emporter pour le GR20 ? La liste doit concilier deux impératifs contradictoires : légèreté et sécurité. L’objectif raisonnable : 8 à 10 kg max pour un randonneur qui dort en refuge ; 12 à 13 kg max si vous partez en autonomie avec tente et popote.
Matériel technique essentiel :
- Chaussures de randonnée : Des chaussures montantes avec une bonne adhérence sont indispensables pour les terrains rocailleux et les dévers. Rodez-les absolument avant le départ.
- Bâtons de randonnée : Sur le GR20, les bâtons ne représentent pas un accessoire optionnel mais un équipement de sécurité à part entière. Optez pour des bâtons télescopiques en aluminium, plus lourds mais infiniment plus résistants. Ils soulageront vos genoux lors des descentes.
- Lampe frontale : Une lampe frontale est obligatoire en cas d’imprévu ou pour les départs matinaux. Vérifiez l’état des piles avant de partir.
- Trousse de secours : Prévoyez une trousse avec pansements, désinfectant, antidouleur. N’oubliez pas votre couverture de survie !
Vêtements techniques adaptés au climat corse
Le système des trois couches reste la règle : couche respirante, couche isolante, couche imperméable. Une veste imperméable sérieuse (orages corses obligent), des vêtements légers et techniques qui sèchent vite.
Le duvet mérite une attention toute particulière : même en été, les nuits peuvent s’avérer fraîches au-dessus de 1500 mètres. Un modèle avec température de confort autour de 5°C offre la polyvalence nécessaire.
Sac à dos et répartition du poids
Entraînez-vous à faire et défaire votre sac et surtout à ranger intelligemment vos équipements pour que ce soit le plus pratique et le plus confortable pour votre dos. Il faudra que le poids soit majoritairement positionné sur les hanches pour soulager au maximum vos trapèzes ainsi que votre dos.
Pour un comparatif avec d’autres treks majeurs et leurs spécificités d’équipement, consultez notre sélection des meilleurs GR France randonnée.
Planification de l’itinéraire et des étapes
GR20 Nord vs GR20 Sud : que choisir ?
GR20 Nord ou Sud pour débuter ? La question divise les puristes. Les montagnards les plus ardus, capables de marcher de 6 à 9h sur sentiers de montagnes escarpés et rocheux, pourront se lancer sur la partie Nord du GR20. Cette section est réputée pour être la plus technique du parcours. Elle nécessite une excellente expérience en randonnée alpine et une aisance particulière sur les passages exposés.
Le GR20 Sud emprunte des sentiers moins escarpés, avec un terrain plus roulant et des pentes plus douces que la partie nord. Il nécessite également une bonne condition physique. Les étapes font entre 5 et 7 heures de marche journalière.
Stratégiquement, partir de Conca permet de s’acclimater à son matériel et d’éprouver une technique de marche au gré d’un parcours dont la complexité monte crescendo. Mais le taux d’abandon est beaucoup plus élevé dans le sens traditionnel (Nord-Sud) que dans le sens inverse.
Découpage optimal des étapes par niveau
Le GR20 se compose de 16 étapes, qui se réalisent généralement en 16 jours. Nombreux sont ceux qui décident de doubler, tripler voire même quadrupler des étapes pour le terminer plus rapidement, mais cela nécessitera un effort physique plus important.
Pour les randonneurs intermédiaires, le découpage en 12 à 14 jours représente un bon compromis. L’étape 4 (Station d’Asco Stagnu vers Refuge de Tighjettu) : 7,8 km / 1220m de D+ / 1050m de D- — c’est l’étape la plus difficile de tout le GR20.
Variantes et échappatoires en cas de problème
Le GR20 offre plusieurs points de sortie en cas de nécessité. Vizzavona, au milieu du parcours, permet de rejoindre facilement les transports en commun. Si certains passages sont rendus dangereux à cause de la météo ou si vos capacités à traverser des passages techniques vous limitent, les gardiens sauront vous aiguiller vers des itinéraires « bis » plus accessibles.
Les itinéraires « Bis » dits Alpins sont balisés en Jaune. Ces variantes permettent de contourner les sections les plus exposées sans abandonner le trek.
Hébergement et ravitaillement sur le GR20
Refuges du PNRC : réservation et tarifs 2026
Comment réserver les refuges du GR20 ? La réservation reste obligatoire pour toutes les formules, y compris le bivouac. Les réservations s’effectuent exclusivement en ligne sur la plateforme officielle : pnr-resa.corsica.
Ce 20 janvier 2026, avec l’ouverture officielle de la plateforme de réservation, le Parc naturel régional de Corse (PNRC) confirme les dates d’ouverture des refuges du GR20 pour la saison : du 16 mai 2026 au 4 octobre 2026.
Combien coûte le GR20 en refuge ? Alors que les prix étaient restés stables en 2025, 2026 marque une augmentation significative sur les trois options d’hébergement proposées par le Parc. Cette hausse vise à couvrir l’entretien des infrastructures, le service des gardiens et les opérations de préservation environnementale.
Sans réservation les tarifs sont : 32 € le bat flanc, 20 € le bivouac et 18 € la tente. Une majoration dissuasive qui rend la réservation anticipée indispensable.
Stratégie de ravitaillement alimentaire
Les prix de la nourriture et des boissons sur le GR20 sont relativement élevés, ce qui s’explique par la logistique nécessaire pour leur acheminement. En effet, les provisions sont souvent transportées par hélicoptère ou à dos de cheval. Ainsi, un repas de base dans un refuge ou une simple boisson peuvent coûter plus cher que dans un hôtel ou un restaurant classique.
Points de ravitaillement stratégiques :
- Vizzavona : épicerie, restaurants, dernière vraie ville avant la fin du parcours
- Castellu di Vergio : situé près du col de Vergio, vous y trouverez un hôtel restaurant camping épicerie.
- Bergeries : fromages et charcuteries locales
Gestion de l’eau sur le parcours
Comment gérer l’eau sur le GR20 ? Sur la crête d’Usciolu, aucun point d’eau pendant 4h. Partir avec 1,5 L maximum semble tentant, mais un coup de chaud finit souvent en déshydratation. La gourde filtrante devient l’assurance vie.
Vous pouvez toujours trouver une source d’eau fraîche aux alentours des refuges. Mais entre les refuges, les sources se font plus rares selon les sections et la saison.
Période optimale et conditions météorologiques
Calendrier d’ouverture des refuges
Quelle est la meilleure période pour faire le GR20 ? Invariablement la même réponse est apportée : fin juin est la meilleure période, suivie de début septembre. Juillet et août étant à proscrire à cause de la chaleur.
En 2026, les refuges seront ouverts entre le 16 mai et le 4 octobre. Notre artisan de montagne est catégorique : « Il n’y a pas une période précise qui soit mieux que toutes les autres. Chacune a un charme qui lui est propre, avec ses avantages et ses inconvénients ! » Au mois de juin par exemple, vous rencontrerez moins de monde mais plus de neige.
Anticiper la météo montagnarde corse
Que faire en cas de mauvais temps sur le GR20 ? La montagne corse est imprévisible ! Le temps change très vite et en 30 mins, l’après-midi, on se retrouve dans une situation très délicate. Pour moi, il faut à tout prix éviter, surtout l’été, de se retrouver dans la montagne après 14h.
Règle d’or : partir tôt le matin (5h-6h) pour terminer les passages exposés avant les orages de l’après-midi.
Sécurité et gestion des risques spécifiques
Passages techniques et via ferrata
Le cirque de la solitude a longtemps été fermé à cause d’un accident. Le GR20 a été détourné et ne passe plus dans le cirque à ce jour. Suite à l’éboulement tragique de 2015, un itinéraire Bis a été aménagé. Balisé en jaune, cet itinéraire passe désormais par la pointe des Éboulis puis le col de Bocca Crucetta. Ce qui était avant l’accident une variante est désormais devenu le tracé officiel.
Ce nouveau chemin n’est pas moins exigeant. De la parole de certains adeptes du GR20, il est même plus difficile car son chemin est plus raide et s’effectue sur la longueur. Beaucoup d’accompagnateurs de haute montagne s’accordent même pour dire qu’il est plus technique et harassant.
Autres passages délicats :
- Brèche de Capitello : L’ascension, qui culmine à 2200 mètres d’altitude, représente un vrai défi technique. Il faut progresser dans des éboulis instables.
- Aiguilles de Bavella : Ce passage aérien du GR20 sud est connu pour ses vues spectaculaires. Toutefois, il est aussi très technique et expose les randonneurs à des risques de chutes.
Pour un aperçu des autres sentiers techniques en France, notamment le GR10 Pyrénées étapes, qui offre une excellente préparation aux terrains montagneux.
Conduite à tenir en cas d’urgence
Chaque saison, des randonneurs perdent la vie sur le GR20. Le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM) estime qu’il y a en moyenne 1 disparu par semaine. Ceci est notamment dû à la difficulté du circuit et des brusques changements météorologiques.
En Corse il n’y a que 3 hélicoptères disponibles. Un pour le nord, un pour le sud et un autre en fonction des besoins. Sachant que l’île de Beauté est très touristique, les secours sont saturés.
Numéros d’urgence :
- PGHM : 04 95 61 13 95
- Secours en montagne : 112
Budget et aspects pratiques du GR20
Coût total estimé du trek
Le budget pour parcourir le GR20 varie entre 225€ et 2350€ selon votre approche. C’est un projet à part entière qui vous demandera un certain budget — comptez entre 1 000 et 1 500 euros selon comment vous partez et quel matériel vous avez déjà.
Estimation détaillée pour 15 jours :
- Transport A/R : Avion : entre 200 et 400 € pour un aller-retour. Ferry : de 70 à 120 € pour une traversée.
- Hébergement en refuge : environ 200-250 € pour 15 nuits
- Alimentation : 300-500 € selon le degré d’autonomie
- Équipement : Si vous devez tout acheter, prévoyez un budget de 700-1000€ pour un équipement fiable.
Pour retirer de l’argent, il est nécessaire de se rendre dans l’une des grandes villes. Les refuges et les bergeries situés sur le parcours acceptent uniquement les paiements en espèces. Il est donc essentiel de prévoir suffisamment d’argent liquide avant de commencer votre randonnée.
Transport et accès aux points de départ
Le bus coûte aussi cher que le train, mais il permet d’arriver directement à Calenzana (départ Nord) ou à Conca (départ Sud). Un bus dessert Calvi > Calenzana deux fois par jour en pleine saison. Le billet est au prix fixe de 10€.
Pour rejoindre Calenzana en taxi depuis l’aéroport de Calvi, il vous en coûtera entre 30€ et 45€. N’oubliez pas que le taxi a un coût, mais il peut être amorti facilement si vous arrivez à vous grouper avec 3 ou 4 randonneurs.
Peut-on faire le GR20 sans expérience ?
Un débutant en randonnée peut s’aventurer sur le GR20, à condition de respecter une préparation physique régulière. Il doit aussi avoir conscience de plusieurs facteurs.
Questions à se poser avant de partir :
- Êtes-vous prêt(e)s à porter un sac à dos de 10 kg minimum sur plus d’une semaine et pour plusieurs heures par jour ?
- Appréciez-vous les conditions rustiques du couchage en montagne ?
- Au-delà de l’effort physique, il faut surtout prendre en compte l’état de fatigue mentale qui peut s’installer face aux nombreuses péripéties. Êtes-vous prêt à faire face ?
L’erreur du randonneur débutant, c’est de sous-estimer ses capacités tout en ne mesurant pas le décor dans lequel il va progresser.
En résumé : votre checklist avant le départ
- ✅ Programme d’entraînement de 3 à 6 mois selon votre niveau
- ✅ Réservation des refuges dès l’ouverture de la plateforme (mi-janvier)
- ✅ Sac à dos testé et pesé (8-12 kg maximum)
- ✅ Chaussures rodées sur au moins 100 km
- ✅ Week-end test en conditions réelles un mois avant
- ✅ Argent liquide suffisant (pas de distributeur sur le parcours)
- ✅ Assurance rapatriement et secours en montagne
Le GR20 reste une aventure exigeante qui récompense ceux qui la préparent sérieusement. Avec les bonnes informations et une préparation méthodique, ce trek mythique transforme chaque randonneur qui l’accomplit. La question n’est plus de savoir si vous pouvez le faire — mais quand vous décidez de vous lancer.
Prêt à relever le défi ? Commencez dès maintenant votre programme d’entraînement et réservez vos refuges dès l’ouverture de la plateforme. Le GR20 vous attend — et il ne fait pas de cadeaux à ceux qui improvisent.