À Port-Vendres, dans les Pyrénées-Orientales, une ancienne usine de dynamite est devenue l’une des plages les plus photographiées du littoral méditerranéen. L’anse de Paulilles, coincée entre le cap Béar et Banyuls-sur-Mer, doit son succès à une chose que presque plus aucune plage du Sud-Est ne peut offrir : l’absence totale de béton sur son rivage. Pas d’immeuble en front de mer, pas de parking géant collé au sable, pas de restaurant les pieds dans l’eau. Juste des pins parasols, une eau turquoise et un sentier qui serpente entre les criques. C’est exactement ce que cherchent aujourd’hui les camping-caristes, lassés des zones bétonnées de la Côte d’Azur ou du littoral languedocien.
À retenir
- Une ancienne usine de dynamite a paradoxalement sauvé ce littoral de l’urbanisation
- À quelques kilomètres seulement, aucun immeuble n’obstrue la vue sur la mer
- Les aires de camping-car toutes proches offrent une alternative aux surpeuplés campings varois
Une plage sauvée par accident, pas par vocation touristique
L’histoire de Paulilles tient presque du hasard industriel. Le site a accueilli pendant plus d’un siècle une usine de fabrication de dynamite, exploitée par Alfred Nobel puis par ses successeurs, avant de fermer définitivement en 1984. Pendant des décennies, cette activité a paradoxalement protégé le littoral : impossible de construire des résidences ou des hôtels sur un terrain industriel classé. Quand l’usine a fermé, le terrain aurait pu basculer vers un projet immobilier classique, comme tant d’autres friches du littoral. Il a été racheté par le Conservatoire du littoral en 1998, puis réhabilité en espace naturel protégé, avec un budget de renaturation qui a mobilisé collectivités locales et fonds européens.
Résultat ? Un site de 27 hectares où la végétation méditerranéenne a repris ses droits sur d’anciens bâtiments industriels, dont certains vestiges ont volontairement été conservés pour la mémoire du lieu. Les promeneurs croisent encore des cheminées et des murs en pierre au milieu des pins, un contraste qui donne à la balade des allures de site archéologique en bord de mer. Le Conservatoire du littoral gère aujourd’hui plus de 200 000 hectares sur l’ensemble des côtes françaises, avec l’objectif de soustraire un tiers du littoral national à l’urbanisation d’ici 2050. Paulilles fait figure de vitrine de cette politique.
Ce que le reste de la Méditerranée a perdu en un demi-siècle
Comparez avec la baie de Cannes ou la corniche varoise : trois générations de béton, des tours d’immeubles qui bloquent la vue sur la mer, des plages privées qui grignotent le sable public. Sur une bonne partie du littoral azuréen, l’accès gratuit à une crique tranquille est devenu un luxe. Les études sur l’artificialisation des sols méditerranéens montrent une progression continue de l’urbanisation côtière depuis les années 1960, portée par le tourisme de masse et la construction de résidences secondaires.
À Paulilles, rien de tout ça. Le sentier du littoral, qui longe la côte rocheuse entre le cap Béar et Banyuls, permet de marcher des kilomètres sans croiser un seul bâtiment. Les criques voisines, comme celle de Bernardi ou l’anse de la Baie, prolongent cette sensation de littoral préservé. Pour un camping-cariste qui a l’habitude de slalomer entre les campings surpeuplés de l’été varois, c’est presque dépaysant. On retrouve ici l’ambiance qu’avait la Côte Vermeille avant l’explosion touristique des années 1980, quand les criques catalanes n’étaient fréquentées que par les pêcheurs et quelques randonneurs.
S’y rendre en camping-car : ce qu’il faut savoir avant de partir
Le site de Paulilles interdit le camping sauvage et le stationnement nocturne des camping-cars directement sur l’espace naturel protégé, une règle logique pour un site aussi fragile écologiquement. Mais des aires de camping-cars existent à proximité immédiate, notamment du côté de Port-Vendres et Banyuls-sur-Mer, à quelques minutes de route. La plupart proposent des bornes de service classiques (vidange, eau, électricité) pour des tarifs raisonnables comparés aux prix pratiqués plus à l’est sur la Côte d’Azur.
L’accès au site lui-même se fait via un grand parking payant en haute saison, géré par les collectivités locales, avec une navette ou une marche à pied jusqu’à la plage selon la période. Mieux vaut viser tôt le matin en juillet-août : le site attire de plus en plus de visiteurs depuis sa médiatisation dans plusieurs classements touristiques, et les places de parking se remplissent vite passé 10 heures. Les mois de mai, juin et septembre restent les créneaux les plus agréables, avec une eau déjà baignable et une fréquentation nettement plus raisonnable. Pour les amateurs de van aménagé cherchant l’expérience complète, combiner l’étape de Paulilles avec le sentier des douaniers qui relie plusieurs criques de la Côte Vermeille permet d’étaler la découverte sur deux ou trois jours, en alternant marche, baignade et étapes en aire de camping-car.
Le site reste toutefois surveillé de près par ses gestionnaires : la fréquentation croissante inquiète, notamment sur l’érosion des sentiers et la pression sur la faune locale, dont certaines espèces d’oiseaux nicheurs protégées fréquentent les falaises voisines. Des périodes de restriction d’accès à certaines zones sensibles peuvent s’appliquer au printemps, en pleine saison de nidification. Un rappel utile : la beauté préservée de Paulilles tient justement à cette gestion stricte, et sa préservation à long terme dépendra de la capacité des visiteurs, camping-caristes compris, à respecter ces règles plutôt qu’à les contourner.