J’ai pris la route des lacs de Covadonga en van pour arriver avant le lever du soleil : au bas de la montée, on m’a annoncé que je n’irais pas plus loin

Cinq heures et demie du matin, phares allumés, café tiède dans le vide-poche du van : je pensais avoir trouvé la faille. Rouler jusqu’aux lacs de Covadonga avant l’aube, avant les bus, avant la foule. Au pied de la montée, un panneau et une barrière ont eu raison de mon plan en trente secondes. Non, un van ne monte pas aux Lagos de Covadonga, même à l’heure où les marmottes dorment encore.

La désillusion n’a rien d’une exception locale ou d’un excès de zèle d’un garde matinal. C’est la règle, écrite noir sur blanc dans le règlement du Parc national des Picos de Europa. Les camping-cars et les grands véhicules ne sont pas autorisés à circuler dans le Parc national des Picos de Europa. Aucune fenêtre horaire, aucun créneau matinal ne permet de contourner cette interdiction. J’aurais pu me pointer à 4h ou à 22h, le résultat aurait été identique : demi-tour obligatoire vers le parking le plus proche.

À retenir

  • Une barrière physique et réglementaire bloque tous les vans, peu importe l’heure d’arrivée
  • Le Parc national a verrouillé l’accès routier pendant des périodes d’affluence massive
  • Trois alternatives fonctionnent vraiment : le bus, le vélo, ou la moto

Une route unique, verrouillée dès que la saison s’emballe

La seule route autorisée pour les véhicules privés afin de rejoindre les lacs de Covadonga est la route CO-4, ce ruban de bitume qui serpente depuis le sanctuaire jusqu’aux rives du lac Enol. Douze kilomètres de lacets, une route étroite pensée pour des voitures, pas pour des carrosseries de trois mètres cinquante de haut. Pendant les périodes de forte affluence, cette route bascule en mode restreint, et la restriction ne connaît pas de pause nocturne : les horaires d’accès restreint courent de 00h00 à 24h00, toute la journée, sans exception pour les lève-tôt.

Le calendrier 2026 de ces fermetures est dense. Les dates de fonctionnement du transport public aux Lagos de Covadonga en 2026 courent du 28 au 31 mars, du 1er au 12 avril, les 18 et 19 avril, du 25 au 30 avril, le 1er mai et les week-ends de mai, puis du 1er juin au 18 octobre, avec quelques exceptions ponctuelles comme la fête du berger fin juillet. Ajoutez à cela le 1er et 2 novembre, et la période du 1er au 8 décembre, et il ne reste finalement que de rares fenêtres, essentiellement en plein hiver ou en toute fin d’automne, où un véhicule privé classique peut grimper librement. Pour un van, cette liberté n’existe de toute façon jamais : l’interdiction lui est propre, indépendante du calendrier des restrictions générales.

Même le sésame handicap a ses limites

J’ai discuté avec un autre voyageur sur le parking, persuadé que sa carte de stationnement handicapé lui ouvrirait la barrière malgré son fourgon aménagé. Mauvaise pioche. Les personnes en situation de handicap reconnu peuvent accéder à la route des Lagos avec leur propre véhicule en présentant leur certificat, à condition que ce véhicule ne soit pas un camping-car et ne dépasse pas cinq mètres de long. Le critère n’est pas la personne, c’est le gabarit du véhicule. Un van de six mètres avec une plaque handicapé reste recalé, point final.

Ce que le Parc national protège ici, ce n’est pas une simple route de montagne, c’est un site classé Réserve de biosphère, fréquenté par des centaines de milliers de visiteurs chaque été. Le raisonnement tient debout : un flux ininterrompu de vans et de camping-cars sur une chaussée à voie unique transformerait la montée en embouteillage permanent, sans parler du désastre pour le stationnement sauvage sur les rives du lac Ercina.

Ce qui marche vraiment quand on voyage en van

La bonne nouvelle, c’est que rater l’accès en van ne veut pas dire rater les lacs. La solution officielle reste le bus, et elle est bien rodée. Le premier service part à 8h00, le dernier service de montée à 17h45, et le dernier service de descente à 20h50 en haute saison. On laisse le van sur l’un des parkings dédiés, comme celui de la gare routière de Cangas de Onís, et on grimpe en une vingtaine de minutes, sans stress ni créneau à négocier. Le billet adulte aller-retour, valable toute la journée, coûte 9 euros, et 3,50 euros pour les enfants de 4 à 11 ans. Le stationnement, lui, reste symbolique : le tarif de parking est identique partout, 2 euros.

Deux échappatoires subsistent pour les allergiques au bus. D’abord le vélo : les bicyclettes ne sont pas concernées par ces restrictions, et grimper les douze kilomètres à la force des mollets reste une expérience à part entière, aussi exigeante que gratifiante. Ensuite la moto, autorisée à circuler même pendant les périodes restreintes, une option que pas mal de voyageurs en van combinent avec un scooter électrique glissé dans le coffre.

Pour ceux qui, comme moi, tenaient à voir le lever du soleil sur l’Enol, la vraie astuce n’est pas de forcer le passage en van mais de dormir la veille sur l’un des parkings au pied de la montée, puis de grimper à pied ou en vélo aux premières lueurs, bien avant l’ouverture des barrières et l’arrivée des premiers bus. Plusieurs voyageurs confirment d’ailleurs profiter de ce créneau matinal avant la fermeture de la route pour une montée express en voiture de location, une option qui reste ouverte à qui n’a pas de van dans les jambes.

Ma nuit s’est finalement terminée sur le parking d’un petit hameau proche de Covadonga, van garé entre deux camping-cars silencieux, réveil réglé sur 6h pour attraper le premier bus. Le vrai luxe de ce matin-là n’était pas d’arriver le premier aux lacs : c’était de comprendre, une fois pour toutes, qu’en van on ne négocie pas avec une barrière du Parc national. On s’organise autour.

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