Trente-huit euros. C’est le tarif à la journée pour garer un van sur l’aire dédiée aux véhicules aménagés à Dubrovnik, près de la station-service d’Obala Ivana Pavla II. Le prix est à la journée soit 38€, mais compte tenu de la différence de prix avec le parking public proche des fortifications, les places sont rares. Une somme qui pique, surtout quand on sait qu’à quelques centaines de kilomètres de là, la même nuit ne coûtera pas un centime. Cette expérience, beaucoup de vanlifers qui descendent la côte dalmate jusqu’aux Balkans l’ont vécue : payer plein pot dans la Perle de l’Adriatique, puis dormir gratuitement dès la frontière franchie.
À retenir
- Pourquoi Dubrovnik facture-t-elle ses parkings pour vans trois fois plus cher qu’ailleurs ?
- Les autorités croates appliquent-elles vraiment des amendes de 260 € pour stationnement en zone restreinte ?
- Comment les vanlifers contournent-ils les règles les plus strictes de la côte dalmate ?
Dubrovnik verrouille son centre historique
La ville ne plaisante plus avec la circulation automobile. Depuis juin 2025, un nouveau dispositif encadre sévèrement l’accès au cœur historique. Pour préserver son centre historique classé à l’UNESCO et limiter les embouteillages, la ville de Dubrovnik a instauré une zone de circulation restreinte depuis juin 2025, l’accès en voiture au cœur de la cité n’est plus libre pour tout le monde. Concrètement, la nouvelle zone entoure toute la vieille ville, s’étendant d’Ilijina Glavica et la rue Zagrebačka jusqu’à Pile et Boninovo, et les restrictions s’appliquent du 1er mars au 30 novembre, soit pratiquement toute la saison où l’on a envie d’y traîner son van.
Le système ne laisse pas de place à l’improvisation. Si vous entrez dans ce périmètre sans autorisation, le système de lecture automatique des plaques d’immatriculation vous enregistrera, ce qui entraîne une amende salée de 260 € pour les particuliers. Autant dire qu’on réfléchit à deux fois avant de tenter sa chance sur un coup de tête. Pour les rares exceptions, on peut entrer dans la zone restreinte si l’on séjourne dans un hôtel à l’intérieur du périmètre, ou si son appartement dispose d’un parking privé dont l’hôte enregistre la plaque, deux situations qui ne concernent évidemment pas grand monde en van.
Reste la solution du parking payant, en périphérie du centre restreint. Certains ont bien tenté leur chance sur les zones littorales moins surveillées, du côté des plages d’Uvala Banje ou de Sveti Jakov, où certains bons plans circulent sur internet en évoquant des parkings gratuits le long des trottoirs, malgré des panneaux qui indiquent pourtant l’interdiction de se garer à bien des endroits. Un pari risqué, sachant qu’en haute saison, ces zones sont scrutées de près par les autorités locales excédées par la sur-fréquentation touristique.
Le camping sauvage, une interdiction nationale, pas un simple arrêté local
Le problème ne se limite pas à Dubrovnik. La Croatie a fait de la lutte contre le camping sauvage une priorité nationale, et pas seulement dans les zones touristiques les plus prisées. Le camping sauvage, et même le bivouac sans équipement, est interdit en Croatie, en vertu des articles 27 et 43 du texte de loi “Hospitality and catering industry act”. Une loi qui ne fait pas de distinction entre une tente plantée dans un champ et un van garé discrètement sur un parking public.
Les montants des amendes varient selon les sources et les situations, mais tous convergent vers un constat identique : ça fait mal au portefeuille. Les infractions relevées font l’objet d’amendes pouvant aller de 150 à 1 000 €, et les contrevenants sont sommés de quitter les lieux immédiatement. D’autres témoignages évoquent des montants plus élevés encore, notamment pour les véhicules aménagés spécifiquement. Pour te donner une idée concrète, une amende pour camping sauvage peut aller de 130 à 660 euros pour un particulier, et pour un van ou camping-car, la sanction peut être plus élevée.
Ce qui frappe surtout, c’est l’intensité des contrôles. La Croatie ne se contente pas d’afficher des panneaux dissuasifs : les autorités croates ne plaisantent pas avec cette réglementation, des patrouilles de police ou de rangers effectuent régulièrement des contrôles, notamment le long du littoral, dans les zones naturelles protégées ou près des sites touristiques. Une pression qui s’explique en partie par l’afflux croissant de véhicules aménagés sur les routes dalmates ces dernières années, au point que le pays attire chaque année de plus en plus de voyageurs en véhicule aménagé, ce qui entraîne une pression croissante sur l’environnement, en particulier dans les zones côtières. Résultat : plusieurs communes ont carrément durci le ton localement, en plus de la loi nationale.
Passer la frontière, changer de logique
Direction le sud, vers le Monténégro. Trois ou quatre heures de route depuis Dubrovnik, en comptant le passage de douane parfois lent en pleine saison. Et là, l’ambiance change du tout au tout. Le pays n’a pas de loi stricte façon croate qui verrouille chaque recoin du littoral. Au Monténégro, le camping sauvage est toléré dans certaines régions, mais il est conseillé de demander l’autorisation aux propriétaires terriens si vous vous installez sur un terrain privé.
Dans la pratique, les vanlifers qui sillonnent la côte entre Kotor et Ulcinj s’en sortent avec quelques règles de bon sens plutôt qu’avec la peur de l’amende automatique. Il est possible de passer la nuit en camping sauvage au Monténégro en camping-car ou en van à condition de respecter quelques règles tacites : ne pas installer de campement visible sur les zones très fréquentées, ne jamais faire de feu de camp, ne laisser aucun déchet, et quitter le spot dans la matinée. Seuls les parcs nationaux font figure d’exception stricte : les cinq parcs nationaux, dont Durmitor et le lac de Skadar, restent des zones où le bivouac est strictement interdit avec des patrouilles régulières, tout comme la bande côtière la plus fréquentée en plein été.
Même quand le stationnement de nuit se fait sur une aire officielle payante, la différence de tarif reste vertigineuse comparée à Dubrovnik. À titre d’exemple, dans les villages d’accès aux parcs nationaux, le stationnement camping-car se fait parfois à l’entrée du village pour seulement 1 € l’heure, de quoi relativiser sérieusement les 38 euros lâchés quelques heures plus tôt sur le parking dalmate.
Difficile de ne pas y voir un symbole de deux Adriatique qui coexistent à quelques kilomètres l’une de l’autre : d’un côté une Croatie qui muscle son arsenal réglementaire face à un tourisme de masse devenu ingérable, de l’autre un Monténégro encore en train de bâtir ses infrastructures touristiques, où la tolérance tient autant à l’absence de moyens de contrôle qu’à une réelle décision politique. Ce grand écart ne devrait pas durer éternellement : plusieurs stations balnéaires monténégrines, à commencer par Budva et Kotor en pleine saison, commencent elles aussi à multiplier les contrôles de police municipale sur leur portion de littoral la plus fréquentée.
Sources : trigano-camping.com | meilleurs-camping.com | camping-tour.fr