L’alternative méditerranéenne sans la foule : cette destination accessible en van surpasse la Grèce et l’Italie

Le Monténégro. Deux syllabes qui sonnent encore comme un secret parmi les voyageurs en van. Pendant que les côtes grecques accumulent les camping-cars à trois rangs de profondeur et que l’Italie affiche complet dès mai, ce petit pays de 620 000 habitants, à peine plus que la population de Lyon, offre exactement ce que les routards exigeants cherchent : une mer turquoise, des montagnes à couper le souffle, et la paix d’une route secondaire où l’on croise encore plus de chèvres que de véhicules immatriculés en Allemagne.

La comparaison avec la Grèce et l’Italie n’est pas flatteuse pour ces dernières. Ce n’est pas que ces destinations aient perdu leur âme, c’est qu’elles l’ont noyée sous un flux touristique qui a transformé certains coins de Santorin ou d’Amalfi en parcs d’attractions à ciel ouvert. Le Monténégro, lui, reçoit environ 2,5 millions de visiteurs par an. Mykonos en accueille davantage à elle seule.

À retenir

  • Mykonos seule accueille plus de visiteurs que tout le Monténégro en un an
  • Deux heures de route séparent les glaciers du canyon de la Tara des plages méditerranéennes
  • Les influenceurs n’ont pas encore fini leur travail : le créneau de tranquillité se referme

Un terrain de jeu naturel taillé pour le van

Ce qui frappe d’abord en entrant par la route depuis la Croatie ou l’Albanie, c’est la densité de paysages sur une superficie infime. En moins de deux heures de conduite, on peut passer d’une plage de galets bordée d’oliviers millénaires aux parois vertigineuses du canyon de la Tara, le deuxième plus profond du monde après le Grand Canyon. Les routes serpentent, parfois étroites, parfois spectaculaires, et presque toujours vides hors juillet-août.

Le parc national de Durmitor, dans le nord du pays, mérite à lui seul la traversée. Les forêts de pins noirs, les lacs glaciaires aux reflets presque noirs et l’air qui sent le froid même en plein été contrastent violemment avec la côte Adriatique à 150 kilomètres de là. C’est ce double registre, montagne sauvage et littoral méditerranéen, qui rend le Monténégro si efficace pour un road trip en van : on change complètement de décor sans jamais quitter le pays.

Les aires de stationnement sauvage restent tolérées dans beaucoup de zones naturelles, et la culture locale n’est pas encore électrisée par le sentiment anti-touriste qui gronde en Espagne ou à Venise. Un van garé au bord du lac de Skadar, le plus grand lac des Balkans, ne dérange personne. On y pêche encore les carpes à l’ancienne, les pélicans y nichent en colonies, et le seul bruit qui rompt le silence vient des grenouilles au coucher du soleil.

La question pratique : est-ce vraiment accessible ?

Aucun col alpin à franchir, aucun ferry obligatoire. Depuis la France, la route la plus directe passe par l’Italie du nord, la Slovénie et la côte croate, un trajet d’environ 1 800 kilomètres jusqu’à la frontière monténégrine de Debeli Brijeg. Comptez deux à trois jours de conduite selon le rythme choisi. Le Monténégro n’est pas dans l’Union européenne, mais les ressortissants français n’ont pas besoin de visa pour séjourner 90 jours. La vignette autoroutière est modique, le gasoil moins cher qu’en France, et les campings officiels restent raisonnables en dehors des deux semaines d’août qui concentrent l’essentiel de la pression touristique.

Les routes de montagne demandent une certaine expérience. Certaines portions vers Durmitor ou le long des gorges du Morača ne pardonnent pas l’inattention, et un van haut de gamme ou un grand fourgon aménagé demandera de la prudence sur les lacets. Rien d’insurmontable, mais mieux vaut avoir quelques cols au compteur avant d’attaquer les pentes du Lovćen. L’avantage, c’est que ces mêmes routes découragent les autocars de tourisme, et donc filtrent naturellement la clientèle.

Kotor, Ulcinj, Perast : les escales qui changent tout

La baie de Kotor est souvent citée comme la comparaison la plus facile pour convaincre un sceptique : pensez à un fjord norvégien recouvert d’une végétation méditerranéenne, bordé de villages vénitiens. La ville fortifiée de Kotor figure au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, et ses ruelles pavées gardent encore ce caractère brut, légèrement défraîchi, qui a disparu d’une grande partie des vieilles villes croates comme Dubrovnik, désormais envahie dès le matin par les groupes des paquebots de croisière.

Plus au sud, Ulcinj surprend. La ville a une forte influence albanaise et ottomane, ses plages sont longues et sableuses dans un pays où la roche domine, et l’ambiance de la vieille ville perchée sur son promontoire rappelle davantage la Grèce des années 1980 que le tourisme méditerranéen d’aujourd’hui. Le petit village de Perast, enfin, avec ses deux îlots artificiels plantés en baie, reste l’un des panoramas les plus photographiés des Balkans, et pourtant, en dehors d’un week-end de juillet, on peut encore s’y garer sans difficulté.

La saison idéale ? Septembre sans hésitation. La mer a conservé la chaleur de l’été, les températures descendent à des niveaux humainement supportables, autour de 25°C sur la côte, et les Européens de l’Ouest sont rentrés chez eux. Les campings reprennent leur rythme local, les prix baissent parfois de moitié, et les couchers de soleil sur l’Adriatique se teintent d’une lumière dorée que les photographes connaissent bien. C’est dans cet entre-deux saisons que le Monténégro révèle ce qu’il sera peut-être dans dix ans : une destination grand public. Autant en profiter maintenant, avant que les influenceurs n’en finissent le travail.

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