Au comptoir de change de l’aéroport de Tunis-Carthage, la réponse est tombée sans appel : sans bordereau, pas de reconversion. Ce petit bout de papier qu’on empoche machinalement au moment de changer ses premiers euros contre des dinars, c’est justement lui qu’il fallait sortir avant de faire la queue. Sans lui, ces derniers billets tunisiens gardés bien au chaud dans le portefeuille pour “s’en occuper tranquillement en France” ne valent plus rien, ou presque, une fois la frontière franchie.
Le dinar tunisien n’est pas une monnaie comme les autres pour un voyageur européen. Il est impossible de changer des dinars en dehors de la Tunisie, on ne peut donc pas s’en procurer avant le départ et il faudra bien penser à s’en débarrasser avant de passer en zone internationale, lors du retour en avion. Une fois posé le pied sur le sol français, ce billet violet ou ce sachet de pièces ne sert plus à rien. Pas de bureau de change à Roissy, à Orly ou ailleurs qui accepte cette devise. C’est la règle, non négociable, et elle surprend chaque année des milliers de touristes persuadés qu’un dinar se change comme un dollar ou une livre sterling.
À retenir
- Un document mystérieux garde les clés de votre reconversion aux aéroports tunisiens
- Des milliers de touristes découvrent chaque année qu’une devise ne se change pas comme les autres
- La rigueur des contrôles varie d’un comptoir à l’autre, créant des situations frustrantes
Le bordereau, ce document qu’on oublie toujours de garder
La logique tunisienne repose sur un principe simple : chaque dinar acheté doit pouvoir être retracé. Les devises importées par un visiteur peuvent être soit échangées en totalité contre des dinars tunisiens, soit conservées et échangées au fur et à mesure des besoins auprès des banques ou établissements autorisés, et en cas d’échange de devises contre des dinars, il faut conserver le bordereau de change, qui sera utile lorsqu’on voudra échanger auprès d’une banque le reliquat des dinars en sa possession contre des devises. Ce papier prouve que l’argent local a été obtenu légalement, et non récupéré sur un marché parallèle ou auprès d’un particulier.
Le problème, c’est que ce réflexe de conservation n’est presque jamais expliqué clairement au moment du change. Les touristes empochent leurs dinars, glissent le reçu dans une poche, un sac, une valise, et l’oublient au fil des jours de vacances. Résultat : au retour, plus aucune trace. Et les retraits au distributeur automatique ne remplacent pas toujours ce document, malgré ce que certains hôtels affirment parfois à leurs clients. Un témoignage de voyageur illustre bien la confusion : un jour donné, l’ensemble des banques à l’aéroport de Tunis a refusé de reprendre des dinars, exigeant le bon d’échange initial, chose que le voyageur n’avait pas puisqu’il avait fait un retrait au distributeur, malgré la conservation et la présentation des tickets de retrait. D’un comptoir à l’autre, la rigueur appliquée peut varier, ce qui rend l’expérience d’autant plus frustrante.
Le conseil qui vaut de l’or : dès le premier échange, ranger le bordereau avec le passeport, dans la même pochette, et ne plus y toucher jusqu’au retour. Cette documentation prouve la provenance légale des dinars et peut être nécessaire lors de la reconversion en devises étrangères avant le départ, il faut donc la conserver en sécurité avec son passeport. Un geste tout simple, qui évite de se retrouver coincé au comptoir avec une poignée de billets devenus soudainement inutiles.
Pourquoi on ne peut pas garder ses dinars “pour la prochaine fois”
Certains voyageurs, dépités, décident de garder leurs dinars restants en se disant qu’ils les utiliseront lors d’un futur séjour. Mauvaise idée sur le plan légal : le dinar est la monnaie de la Tunisie, qui ne peut être utilisée qu’à l’intérieur du pays, et il est illégal d’importer ou d’exporter des dinars tunisiens. Cette interdiction n’est pas une simple recommandation touristique, c’est une disposition de contrôle des changes destinée à protéger la monnaie nationale face aux sorties de capitaux. La Tunisie applique une politique monétaire prudente, avec une monnaie non convertible à l’international, ce qui explique cette rigueur aux frontières.
Sur le plan pratique, la zone d’embarquement ne facilite rien non plus. Une fois passé les contrôles, impossible de dépenser ses derniers dinars dans les boutiques hors taxes : une fois la Tunisie quittée, les dinars restants ne peuvent plus être dépensés à l’aéroport, il faut payer en euros. Autant dire que la seule option raisonnable reste la reconversion avant l’enregistrement, ou au comptoir de change situé après les contrôles de sécurité, quand celui-ci existe encore et accepte les billets présentés.
Anticiper plutôt que subir : la bonne méthode
La meilleure stratégie tient en une phrase : ne jamais accumuler trop de dinars sur la fin du séjour. Les professionnels du voyage recommandent d’ajuster ses retraits et changes au fil des jours, en gardant un œil sur son budget restant plutôt que de faire un gros change en début de séjour “pour ne plus s’en soucier”. Il vaut mieux voyager avec une somme raisonnable en liquide et compléter sur place par des retraits aux distributeurs automatiques, une centaine d’euros en espèces couvrant largement une semaine dans un confort moyen. Moins de dinars en poche à la fin, c’est moins de risque de se retrouver bloqué au comptoir de change.
Autre point souvent négligé : la question de la déclaration en douane, qui concerne cette fois les devises étrangères et non les dinars. En tant que non-résident, si l’on prévoit de réexporter des devises d’une valeur égale ou supérieure à 5 000 dinars tunisiens, il faut également les déclarer avant de quitter la zone douanière, en utilisant le formulaire “Déclaration d’importation de devises”. Ce seuil, qui représente environ 1 500 euros, concerne surtout les voyageurs qui repartent avec une grosse somme en liquide, par exemple après avoir changé beaucoup d’argent sans tout dépenser. Une broutille pour la majorité des touristes qui rentrent avec quelques dizaines d’euros en poche, mais un piège potentiel pour ceux qui ont mal calculé leur budget vacances.
Reste un dernier détail que peu de guides mentionnent : certains bureaux de change à l’aéroport proposent, dans des cas très ponctuels, de racheter des dinars sans bordereau mais à un taux nettement moins favorable, ou avec un plafond très bas, de l’ordre de quelques dizaines de dinars seulement. Une solution de dépannage, jamais garantie d’un jour à l’autre selon l’agent au guichet. Le plus sûr reste encore d’anticiper, billets et papiers en main, bien avant de passer les portes de l’aéroport.
Sources : claudeleveque.com | tripadvisor.fr