J’ai embarqué mon van à Roscoff pour Plymouth avec la bouteille de gaz encore ouverte : ce qu’on m’a demandé de faire devant la file d’attente

Roscoff, un mardi matin de juillet. La file de vans et de camping-cars s’étire jusqu’au rond-point, moteurs coupés, attente qui s’annonce longue avant l’embarquement pour Plymouth. C’est en vérifiant l’arrimage du frigo que je réalise mon erreur : la bouteille de gaz, utilisée la veille pour le café du matin, est restée ouverte. Pas de panique, mais un détail qui allait déclencher une petite scène devant une trentaine de véhicules. L’agent d’embarquement, casque anti-bruit sur les oreilles, m’a simplement demandé de sortir du véhicule et de fermer le robinet de la bouteille, à la main, devant lui. Trente secondes chrono. Mais suffisamment visible pour que je comprenne que cette règle n’a rien d’anecdotique.

À retenir

  • Pourquoi un agent vous demandera de sortir fermer votre robinet de gaz devant tout le monde
  • La différence entre ce que tolèrent les ferries et ce qu’exige le Tunnel sous la Manche
  • Le détail technique sur propane et butane que la plupart des vanlifers ignorent

Pourquoi les ferries sont si stricts sur le gaz

La demande n’avait rien d’arbitraire. Sur toutes les traversées transmanche, la consigne est la même : les bouteilles doivent être sécurisées contre tout mouvement et le robinet fermé pendant toute la durée de la traversée. Une directive maritime britannique encadre précisément ce point : lors d’une traversée en ferry, les marchandises doivent être arrimées contre le mouvement, et pour les gaz, l’alimentation doit être coupée au niveau des bouteilles et celles-ci rangées à l’écart de toute source d’ignition ou de chaleur.

Le risque n’est pas théorique. Sur une liaison écossaise, un feu s’est déclaré à bord d’un camping-car en pleine traversée : un véhicule a été vu émettant de la fumée pendant le voyage, l’incendie a rapidement été maîtrisé et le véhicule noirci a été débarqué à l’arrivée. Ce genre d’incident, rare mais réel, explique pourquoi certains agents insistent physiquement au lieu de se contenter d’une question rhétorique posée à la vitre.

Dans les faits, l’application varie énormément d’une compagnie à l’autre, et même d’un agent à l’autre au sein de la même compagnie. Un forum de camping-caristes britanniques résume bien l’ambiance : la plupart des ferries autorisent les bouteilles de gaz à bord jusqu’à certaines limites, mais demandent probablement qu’elles soient fermées, même si certaines compagnies ne vérifient jamais et se contentent de poser la question. J’ai eu la version stricte. D’autres, sur le même quai, la veille, n’ont eu droit qu’à un simple « c’est coupé ? » lancé sans même ralentir.

Ce que dit vraiment la réglementation

Le cadre légal, lui, est plus précis qu’on ne l’imagine. Un arrêté français datant de fin 2016, adopté après une série de témoignages de camping-caristes contraints d’abandonner leurs bouteilles à quai avant d’embarquer pour la Corse, a fini par clarifier les choses au niveau national. Depuis, un camping-car peut transporter jusqu’à trois bouteilles de gaz à bord d’un ferry, dans la limite d’un poids total de 47 kg, destinées exclusivement à l’éclairage, au chauffage et aux équipements de la cuisine. Ce plafond de 47 kg revient systématiquement dans les conditions de transport, quelle que soit la compagnie : DFDS l’applique noir sur blanc dans ses conditions générales, tout comme les liaisons écossaises de CalMac.

Le nombre de bouteilles doit en principe être annoncé au moment de l’enregistrement. Le nombre de bouteilles transportées doit être déclaré à la compagnie de ferry et aux officiers du navire, sans dépasser trois, deux pour certains opérateurs. Personne ne m’a demandé de remplir quoi que ce soit ce jour-là à Roscoff, mais la question posée par l’agent (« combien de bouteilles à bord ? ») correspond exactement à cette exigence, même si elle passe souvent inaperçue tant elle est posée à la volée.

Autre distinction technique que peu de vanlifers connaissent vraiment : propane et butane ne se rangent pas au même endroit. Le propane doit obligatoirement être stocké dans un coffre étanche accessible uniquement depuis l’extérieur du véhicule, sa forte pression interdisant tout stockage en habitacle, alors que le butane peut être installé à l’intérieur, dans un placard dédié correctement ventilé. Un van mal aménagé, avec une bouteille de propane rangée dans un coffre intérieur non ventilé sur l’extérieur, peut donc poser un vrai problème de conformité, indépendamment de la question du robinet fermé.

Comment éviter la scène devant tout le monde

La bonne nouvelle, c’est que cette galère se règle en quelques gestes, à condition de les anticiper avant la file d’attente plutôt que devant elle. Fermer le robinet de la bouteille reste le réflexe numéro un, et il vaut mieux le faire dès le départ du camping ou de l’aire, pas au dernier moment sur le parking du port. Couper aussi l’alimentation du frigo à absorption s’il tourne au gaz, quitte à basculer sur la batterie pour les deux ou trois heures de traversée. Vérifier que les bouteilles sont bien arrimées, sans jouer les équilibristes au moindre roulis. Et surtout, avoir en tête le nombre exact de bouteilles à bord et leur poids total, pour répondre sans hésiter si la question tombe.

Pour les vans équipés d’une installation fixe, une solution technique existe : une électrovanne installée sur le circuit permet de couper l’alimentation en gaz depuis le tableau de bord, notamment lors de l’embarquement sur un ferry, du ravitaillement en GPL ou du passage dans certains tunnels. Un bouton, plus besoin de sortir du véhicule sous le regard de vingt autres conducteurs qui attendent leur tour. Un détail qui change tout, un jour de pluie battante à Roscoff.

Reste une nuance que peu de récits mentionnent : le Tunnel sous la Manche applique des règles bien plus sévères que les ferries classiques. LeShuttle exige que tout le gaz soit isolé avant l’entrée, et les véhicules propulsés au GPL ou à un autre gaz comprimé n’y sont tout simplement pas autorisés, contrairement aux traversées maritimes qui tolèrent un usage embarqué à condition de le couper en mer. Autant le savoir avant de choisir son itinéraire retour, histoire de ne pas découvrir la différence à la dernière minute, coincé entre deux camions sur le quai de Calais.

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