Une loi garantit à chacun le droit de planter sa tente n’importe où dans la nature. Pas une zone désignée, pas un camping municipal avec ses blocs sanitaires et son voisin trop bavard : n’importe où. C’est exactement ce que propose l’Ouest de la Suède, grâce à un principe juridique vieux de plusieurs siècles que les Suédois appellent l’Allemansrätten, littéralement “le droit de chacun”. Et pendant que les voyageurs se disputent les dernières places dans les campings corses ou les parcs nationaux alpins, cette région reste étrangement méconnue des road-trippers français.
L’Allemansrätten n’est pas un vague droit coutumier. C’est une liberté constitutionnellement ancrée dans la culture suédoise qui autorise toute personne, résidente ou touriste, à se promener, randonner, pagayer ou bivouaquer sur presque n’importe quelle terre, publique ou privée, à condition de respecter la faune, la flore et la tranquillité du lieu. En clair : tu trouves une crique sur une île, tu poses ta tente, tu dors sous les étoiles, tu repars le lendemain matin sans laisser de trace. Légalement. Gratuitement.
À retenir
- Une loi suédoise constitutionnelle autorise le bivouac gratuit et légal sur presque n’importe quelle terre, publique ou privée
- L’archipel côtier compte des milliers d’îles accessibles en ferry, certaines totalement interdites aux voitures
- À quatre heures de ferry de l’Allemagne, une destination oubliée des Français propose ce que les campings français facturent très cher
Des îles sans voitures, accessibles en ferry
L’archipel de la côte ouest suédoise regroupe des milliers d’îles et d’îlots échelonnés entre Göteborg et la frontière norvégienne. Certaines de ces îles sont interdites aux voitures, ce qui change radicalement l’ambiance : plus de bruit de moteur, plus de stationnement anarchique sur les bords de chemin, juste le vent, les mouettes et le crissement du gravier sous les roues d’un vélo. Les familles avec enfants apprécient particulièrement cet environnement apaisé où les plus jeunes peuvent circuler librement.
L’île de Koster mérite une mention particulière. Nichée dans le parc marin national de Kosterhavet, premier parc marin de Suède, elle est accessible depuis Strömstad en ferry. Les voitures y sont interdites. On s’y déplace à vélo ou à pied, on bivouaque dans les criques granitiques, et on plonge dans une eau que les courants atlantiques maintiennent relativement tempérée pour la latitude. Pour un van-lifer habitué aux parkings payants de la Côte d’Azur, c’est presque irréel.
L’accès en ferry depuis la France est plus simple qu’on ne l’imagine. Göteborg est reliée par bateau depuis Kiel (Allemagne) ou Frederikshavn (Danemark) avec des compagnies comme Stena Line ou DFDS. On embarque le van, on dort à bord, on arrive reposé. Le trajet depuis Paris en van jusqu’au port de Kiel représente environ neuf heures de route, soit bien moins que rejoindre le sud de l’Espagne en haute saison.
Le Dalsland et Billingen : deux natures radicalement différentes
L’Ouest suédois ne se résume pas à son littoral. À l’intérieur des terres, le Dalsland déroule une succession de forêts de bouleaux et d’épicéas, de lacs transparents et de cours d’eau parfaits pour le canoë. La région propose des séjours multi-activités conçus pour les familles, mêlant paddle, randonnée et vélo sur des itinéraires balisés. Le bivouac y est là encore possible partout, dans les bois, au bord des lacs, sans demander d’autorisation ni payer de droit de passage.

Plus à l’est, le massif de Billingen fait partie du Platåbergens Geopark, premier géoparc mondial labellisé UNESCO en Suède. C’est un plateau calcaire truffé de sentiers, dont le fameux “sentier des trolls”, accessible à pied ou en VTT, avec des zones dédiées aux parcours aventure. En hiver, le site se transforme en domaine de patinage. En été, la cuisine en plein air autour d’un feu de camp constitue l’une des activités phares proposées aux visiteurs. Un type de slow travel qui correspond exactement à ce que recherchent les amateurs d’outdoor : du concret, de la nature brute, sans chichis.
Göteborg comme point de chute, pas comme destination finale
Göteborg sert de base logistique idéale. On y fait le plein, on y récupère le ferry ou on y passe une nuit avant de rejoindre l’archipel. La ville propose ses propres attractions pour qui veut couper le voyage : le parc d’attractions Liseberg, le centre scientifique Universeum ou le World of Volvo attirent les familles avec enfants. Mais pour le van-lifer pur, Göteborg reste une étape, pas une fin en soi.

La région est aussi reconnue pour la qualité de ses infrastructures et son niveau de sécurité, des facteurs rarement mis en avant dans les articles de voyage mais qui comptent quand on dort seul dans un camion au fond d’une forêt. Savoir que le pays dans lequel on bivouaque est stable, que les sentiers sont balisés et que les secours sont efficaces, c’est une forme de confort mental qu’on sous-estime jusqu’au jour où on en a besoin.

Pour préparer un itinéraire côté archipel ou explorer les parcs intérieurs, les ressources du West Sweden Tourist Board détaillent les zones accessibles, les liaisons ferry et les activités disponibles par saison, du printemps à l’automne.

La vraie question que pose cette destination, c’est celle du rapport que les voyageurs français entretiennent avec la liberté en plein air. On accepte de payer 40 euros la nuit dans un camping bondé de Bretagne alors qu’à quatre heures de ferry de l’Allemagne, une île sans voitures attend avec ses criques granitiques libres d’accès. Peut-être que la Scandinavie a simplement résolu un problème qu’on n’a pas encore vraiment posé.