Deux ferries bondés à quai, des touristes évacués sur les voies ferrées faute de place en gare, des restaurateurs qui refusent du monde : voilà le visage du lac de Côme un dimanche d’août. Pendant ce temps, à 500 kilomètres de là, des lacs autrichiens grimpent jusqu’à 27°C sans qu’on y croise la moindre file d’attente. Le contraste est presque comique tant il est absurde.
À retenir
- Le lac de Côme absorbe trois fois sa population chaque jour, avec des ferries bondés et des prix explosifs en août
- Les lacs autrichiens atteignent des températures comparables sans surfoule ni infrastructure saturée
- Le camping en Carinthie coûte une fraction du prix d’un hôtel lombard, même en haute saison
Le lac de Côme, victime de son propre mythe
La star lombarde souffre d’un succès qu’elle ne parvient plus à digérer. Le président de l’association hôtelière de Lecco a confié à la presse locale ne plus savoir ce qui s’est passé après le Covid, faute d’assez de mètres carrés pour tous les touristes qui arrivent un dimanche. Les images de la saison dernière parlent d’elles-mêmes : des files d’attente interminables pour les ferries et des personnes poussées sur les voies ferrées à la gare de Côme à cause de la foule.
Le maire lui-même n’y va pas par quatre chemins. Alessandro Rapinese réfléchit à un tarif journalier à la manière de Venise et reconnaît qu’il est difficile d’être maire quand on lutte contre le tourisme. Les chiffres donnent le vertige : le tourisme à Côme représente 4,8 millions de nuitées payées, et la ville peut accueillir jusqu’à 300 000 personnes par jour. Une ville de 84 000 habitants absorbant potentiellement trois fois sa population chaque jour d’été, il fallait oser.
Résultat ? Les prix s’envolent, logiquement. En plein mois d’août, une chambre double au lac de Côme coûte en moyenne 453 dollars la nuit, contre 80 dollars pour la moins chère de la ville de Côme. Ajoutez à cela des lidos payants presque partout, sauf sur quelques plages publiques encore préservées, et vous obtenez une équation budgétaire qui décourage plus d’un voyageur. Les avis de voyageurs eux-mêmes ne trompent personne : sur place, les touristes finissent parfois par renoncer à visiter, refoulés par la foule et la chaleur.
La Carinthie, la Riviera que personne ne regarde
À quelques centaines de kilomètres au nord, une autre histoire se joue, presque en silence. La Carinthie autrichienne concentre 1 300 lacs et une douceur de climat qui lui a valu le surnom de Riviera autrichienne. Le Wörthersee, souvent qualifié de « Monte-Carlo autrichien », donne le ton : les eaux entre Villach et Klagenfurt comptent parmi les lacs les plus chauds des Alpes, avec des températures pouvant atteindre jusqu’à 27°C. Non loin, le Faaker See brille d’un bleu turquoise et grimpe lui aussi jusqu’à 27°C.
Et ce n’est pas un cas isolé. Les températures de l’air tournent autour de 23°C en juillet-août, et certains lacs comme le Klopeiner See peuvent atteindre 27 à 29°C. Au Tyrol, un peu plus à l’ouest, le phénomène se répète : le Schwarzsee, près de Kitzbühel, affiche jusqu’à 27 degrés pendant les mois d’été. Ces lacs de tourbière chauffent naturellement, sans artifice, grâce à leur faible profondeur et à un ensoleillement généreux.
La comparaison ne s’arrête pas à la thermomètre. Là où Côme sature, la Carinthie respire encore. Pas de taxe touristique controversée, pas de ferries bondés, pas de mairie qui négocie avec la foule. On y trouve plutôt des plages de sable aménagées, des pistes cyclables autour des lacs et une ambiance qui rappelle davantage un dimanche tranquille qu’une bataille pour une place de parking.
Le vrai match, c’est le budget
Voilà où l’histoire prend un tournant intéressant. Camper au bord d’un lac carinthien coûte une fraction du prix d’une nuit lombarde : les tarifs démarrent dès 13 euros par nuitée pour deux personnes hors saison dans cette région. Même en pleine saison, les mobil-homes et emplacements restent nettement plus accessibles qu’un hôtel du lac de Côme facturé à plus de 400 dollars la nuit en août.
Pour ceux qui préfèrent la location, les prix restent raisonnables comparés à l’inflation constatée en Lombardie, où le centre historique se vide en raison de la flambée des prix liée justement à cette pression touristique. En Autriche, la logique inverse prévaut : moins de monde, moins de pression sur les loyers saisonniers, et des infrastructures dimensionnées pour la fréquentation réelle plutôt que pour l’afflux d’influenceurs en quête du cliché parfait devant une villa de Bellagio.
Il faut nuancer un peu l’euphorie. Les lacs de montagne en altitude, comme l’Achensee, restent parmi les plus froids du Tyrol, avec une eau qui ne dépasse souvent pas 17 degrés : tous les plans d’eau autrichiens ne se prêtent pas à la baignade prolongée. Il faut cibler les lacs de basse altitude, en Carinthie ou dans le Kaiserwinkl, pour espérer une eau digne d’une piscine naturelle. Un détail pratique à ne pas négliger non plus : rouler sur les autoroutes autrichiennes suppose une vignette, dont la version dix jours coûte 11,50 euros et la version un jour 8,60 euros. Une broutille comparée au coût d’une soirée de restaurant au bord du lac de Côme, mais un détail à prévoir avant de prendre la route vers ces eaux à 27°C qui n’attendent, semble-t-il, que d’être découvertes.
Sources : fr.tyrol.com | masculin.com | lelombardenchaine.cfjlab.fr