Le réveil a sonné à 6h30, un dimanche de juillet, pour un sentier de moins d’un kilomètre. Ça peut sembler excessif. Mais quand on a lu que la Playa del Silencio, dans le concitorio de Cudillero, aux Asturies, attire des foules compactes dès la mi-matinée en été, on comprend vite que le vrai luxe ici, c’est l’horaire. Le mirador était encore désert, la lumière rasante, et le parking presque vide. Une demi-heure plus tard, en bas, j’ai compris ce que ni les guides ni les photos Instagram ne racontent vraiment sur cette plage.
À retenir
- Les escaliers d’accès sont bien plus raides et épuisants qu’il n’y paraît sur les photos de voyage
- L’absence totale de services (sanitaires, eau, ombre) change complètement l’expérience prévue
- La marée haute réduit drastiquement la surface accessible et bloque l’exploration des grottes
Un sentier plus long qu’il n’y paraît sur les photos
Le chemin part d’un petit parking à l’entrée du hameau de Castañeras, un village de moins de cent habitants. La Playa del Silencio se trouve près de Castañeras, un petit village de moins de 100 habitants appartenant à la commune de Cudillero. Ce qu’on oublie de préciser, c’est que la marche n’est pas une simple balade de bord de mer. Le charme de la plage se ressent dès l’accès lui-même, un chemin de terre piétonnier d’environ 500 mètres qui prend 10 à 15 minutes à parcourir, un sentier entouré d’arbres où il vaut la peine de s’arrêter pour contempler les vues. Sur le papier, ça paraît anodin. Sur le terrain, la pente se fait sentir, surtout au retour, en pleine chaleur, sac à dos chargé d’eau et de serviettes trempées.
La dernière partie du parcours change complètement de registre. Le chemin est bien aménagé, bien qu’il présente une certaine pente, et se termine par des escaliers avec rambarde qui donnent un accès direct à la plage. On ne peut pas descendre en voiture jusqu’au rivage, alors il faut des chaussures confortables. Personne ne m’avait dit que ces marches, taillées à flanc de falaise, seraient aussi raides à la descente qu’épuisantes à la remontée. J’ai croisé une famille avec une poussette qui a dû rebrousser chemin. Un détail qui ne figure sur aucune carte postale.
Ce que personne ne mentionne : l’absence totale de tout
La vraie surprise, une fois les pieds dans le sable, n’est pas visuelle. C’est l’absence. Il n’y a ni maître-nageur, ni douches, ni buvette, ni pavillon bleu, rien de rien. Seulement toi, le paysage et la mer. Autant dire qu’on ne débarque pas ici comme sur une plage familiale équipée. Pas de sanitaires, pas de point d’eau, pas d’ombre artificielle. Il est recommandé de porter des chaussures confortables et adaptées pour marcher sur un terrain irrégulier, et il est conseillé d’apporter de l’eau et de la nourriture, car il n’y a aucun commerce dans la zone.
Ce dépouillement total, c’est justement ce qui fait la réputation du lieu. Il s’agit d’un espace authentique dont le principal attrait réside dans sa conservation, ce qui exige un respect environnemental de la part des visiteurs, et sa virginité paysagère lui a valu le statut d’espace protégé sur la côte occidentale des Asturies. Cette plage n’a jamais été pensée pour accueillir du monde. Elle a été préservée précisément parce qu’elle reste difficile d’accès, et chaque service qu’on y installerait la dénaturerait un peu plus.
Autre chose que j’ignorais complètement : la marée dicte tout. La plage invite à la parcourir entièrement, en découvrant tous ses recoins entre les rochers et de petites grottes dans les falaises, à condition que la marée soit basse, car à marée haute on ne peut guère avancer au-delà des escaliers d’accès. J’étais arrivé sans vérifier les horaires de marée. Résultat : une bande de sable réduite, et l’impossibilité d’explorer les cavités rocheuses qui font tout le charme des photos qu’on voit circuler en ligne.
La foule finit toujours par arriver, même tôt
Le mythe de la plage secrète a du plomb dans l’aile. Même en haute saison, la plage du Silence n’atteint pas les niveaux de fréquentation aussi élevés que la majorité des plages de la région, mais c’est une tendance qui change ces dernières années. Vers 9h30, les premiers groupes commençaient déjà à descendre l’escalier. Vers 11 heures, le sable était plein. En été, si vous voyagez en juillet ou en août, essayez d’arriver tôt car le parking se remplit généralement rapidement.
Le stationnement, justement, mérite un mot à part. Le parking habituel à la Playa del Silencio se trouve à la sortie de Castañeras vers la plage, et il coûte 2€ en journée pendant la haute saison. Arrivé après 8h30 en plein été, il faut souvent se garer bien plus loin, ce qui rallonge d’autant la marche déjà conséquente. Une contrainte que très peu d’articles évoquent, alors qu’elle change complètement l’expérience de la journée.
Un détail réglementaire qui surprend les propriétaires de chiens
Dernier point, presque anecdotique mais qui a fait râler plusieurs visiteurs ce jour-là : la présence des animaux. Pendant la haute saison de baignade, l’accès des animaux de compagnie à la plage est interdit, une restriction qui s’applique habituellement entre le 1er juin et le 30 septembre. En dehors de cette période, ils peuvent y accéder. Un couple venu avec son chien a dû faire demi-tour au pied des escaliers, visiblement surpris par cette règle qu’aucun panneau ne signalait clairement en amont du sentier.
Ce que cette descente matinale m’a vraiment appris, c’est que la beauté brute de cet endroit se paie en efforts et en anticipation. Le meilleur créneau reste tôt le matin ou en fin d’après-midi, hors juillet-août si possible, avec de l’eau, des chaussures solides et un œil sur les horaires de marée avant de partir. La plage du Silence n’a rien changé pour plaire aux visiteurs, c’est aux visiteurs de s’adapter à elle, et c’est sans doute pour ça qu’elle garde encore, malgré tout, un peu de son nom.
Sources : sukiontheroad.com | asturias.com