Vingt degrés en pleine journée d’août, un ciel qui alterne soleil franc et nappes de brouillard matinal, et des sentiers où l’on croise plus de vaches que de touristes. Voilà ce qui m’attend désormais chaque été dans les Picos de Europa, ce massif calcaire du nord de l’Espagne que je préfère aujourd’hui à la Corse ou à la Savoie pour mes vacances estivales. Fini les campings bondés et les cols savoyards embouteillés de camping-cars : direction l’Espagne verte, celle qu’on oublie trop souvent quand on pense péninsule ibérique.
À retenir
- Pourquoi les Picos de Europa restent mystérieusement vides alors que les Alpes explosent de touristes
- Un climate capable de refroidir les nuits à 17°C même en plein août : voici le secret de cette région
- Trois expériences essentielles qui expliquent pourquoi ce massif calcaire vaut le détour
Un climat qui n’a rien à voir avec le reste de l’Espagne
Le paradoxe est total. Pendant que l’Andalousie et le centre du pays cuisent sous des chaleurs qui dépassent régulièrement les 35°C, le nord cantabrique respire un tout autre air. Au mois d’août, la température moyenne dans le parc national des Pics d’Europe est de 20,4°C, faisant d’août le mois le plus chaud de l’année. Un chiffre qui tranche radicalement avec les pics de chaleur qu’on subit parfois en Corse ou même dans certaines vallées savoyardes en pleine canicule.
les précipitations moyennes en août sont d’environ 42mm, avec des températures qui chutent à 16,8°C la nuit et peuvent atteindre 23,2°C dans la journée. Ce climat s’explique par la géographie du lieu. Le parc possède un climat tempéré océanique sans saison sèche et à été tempéré selon la classification de Köppen-Geiger, comparable à celui qu’on retrouve sur certaines côtes atlantiques françaises. La faute (ou plutôt la chance) à la proximité immédiate de la mer Cantabrique, qui joue un rôle de climatiseur naturel.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la région porte le surnom d'”Espagne verte”. Climatiquement, les Picos de Europa font partie de cette “Espagne verte”, recevant environ 120 cm de précipitations annuelles, ce qui offre une atmosphère complètement différente de l’Espagne méditerranéenne, avec des prairies luxuriantes et des forêts de hêtres. On est loin des paysages secs et brûlés qu’on associe spontanément à un été espagnol.
Des sentiers vides là où la Savoie sature
Le vrai luxe de l’été, ce n’est pas la température. C’est l’espace. En Savoie, mi-août, il faut parfois réserver son parking de randonnée à l’aube pour espérer une place. En Corse, les sentiers du GR20 affichent complet des semaines à l’avance. Dans les Picos de Europa, l’affluence existe, mais elle reste concentrée sur quelques points névralgiques faciles à éviter.
Le massif se divise en trois blocs distincts : le massif oriental ou d’Andara, le massif central ou des Urrieles et le massif occidental ou de Cornión. Cette architecture en trois parties permet justement de se disperser. Pendant que la foule se masse aux lacs de Covadonga ou sur la route des gorges du Cares, il suffit de pousser vers le massif occidental pour retrouver un silence presque total, rompu seulement par le bêlement des chèvres ou le cri d’un vautour.
Un chiffre donne la mesure du sauvage encore préservé ici : les rivières et lacs du parc, d’un bleu incroyable, contrastent avec les paysages verdoyants des vallées et la dureté de la roche qui s’élève à plus de 2 000 mètres, avec plus de 200 pics recensés à cette altitude. De quoi nourrir des semaines de randonnées sans jamais refaire le même itinéraire.
Attention toutefois à ne pas s’y perdre par excès de confiance : le climat local reste capricieux. La proximité de la mer produit un climat doux en toute saison, mais une montée de brouillard vient souvent ponctuer les chaudes journées d’été. Les randonneurs aguerris l’ont bien compris : mieux vaut partir tôt le matin pour profiter d’un ciel dégagé avant que la brume ne s’installe.
Covadonga, gorges du Cares et fromages bleus : le trio gagnant
Trois expériences suffisent à comprendre pourquoi ce massif mérite le détour. D’abord, les lacs de Covadonga, Enol et Ercina, nichés à plus de 1 000 mètres d’altitude et accessibles par une route en lacets qui offre déjà un aperçu spectaculaire du massif. Ensuite, la fameuse gorge du Cares, un sentier taillé à flanc de falaise qui serpente entre deux parois vertigineuses, véritable signature photographique de la région. Enfin, le téléphérique de Fuente Dé, qui permet de gagner rapidement les plateaux d’altitude sans effort, pour les jours où les jambes préfèrent se reposer.
Côté gastronomie, la région ne manque pas d’arguments non plus. Les fromages bleus locaux, comme le Cabrales, le Bejes-Tresviso et le Valdeón, méritent une mention spéciale, tout comme la fabada asturienne, les plats de viande rouge et le fameux poulet de basse-cour local. De quoi transformer chaque étape de randonnée en pause gourmande, loin des paninis vendus à prix d’or dans certaines stations savoyardes en haute saison.
Comment organiser son séjour sans se tromper
La meilleure fenêtre reste large. La meilleure période pour randonner dans les Picos de Europa s’étend de mai à octobre, avec un été offrant des conditions idéales grâce à un climat plus stable, tandis qu’au printemps et à l’automne les paysages sont plus contrastés même si certaines zones peuvent rester humides. Août reste donc un choix pertinent, à condition d’accepter quelques giboulées passagères propres au climat océanique.
Pour l’hébergement, la zone propose un maillage complet de refuges, gîtes ruraux et campings répartis entre les trois régions autonomes que traverse le massif. Des services de transport en commun sont disponibles depuis les grandes villes voisines, et dans les zones plus touristiques, on trouve des hébergements ruraux, des campings et des guides touristiques proposant des excursions personnalisées. En haute saison, mieux vaut réserver son parking à l’avance sur les sites les plus courus : certains accès stratégiques sont d’ailleurs limités aux véhicules privés durant l’été, avec des navettes de bus mises en place pour désengorger les points chauds comme les lacs de Covadonga.
Reste un détail qui change tout pour qui vient en van ou en fourgon aménagé : la région n’a rien de la Sierra Nevada ou de l’intérieur andalou où la chaleur nocturne empêche de dormir fenêtres fermées. Ici, les nuits fraîches à moins de 17°C garantissent un sommeil réparateur sans clim, un argument de poids pour qui roule en van aménagé et cherche justement à fuir la fournaise estivale sans sacrifier le dépaysement.
Sources : planificateur.a-contresens.net | planificateur.a-contresens.net