Trois semaines après un aller-retour en van diesel jusqu’à Londres, l’enveloppe timbrée du Royaume-Uni dans la boîte aux lettres n’a rien d’anodin : il s’agit très probablement d’une pénalité liée à l’ULEZ (Ultra Low Emission Zone) ou à la Congestion Charge, les deux taxes urbaines qui piègent chaque année des milliers d’automobilistes étrangers circulant avec des plaques non britanniques. Depuis plusieurs semaines, de nombreux automobilistes et motoristes français se plaignent d’avoir reçu chez eux, en France, une ou des contraventions émanant des autorités anglaises, un phénomène qui a même donné naissance à un groupe Facebook rassemblant plus de 900 inscrits. Le van diesel, justement, est en première ligne : ces zones ciblent précisément les véhicules les plus anciens ou les moins performants sur le plan des émissions.
À retenir
- Une faille administrative absurde : Londres taxe les véhicules étrangers sans pouvoir vérifier s’ils sont conformes
- Les amendes arrivent en France des semaines après le retour, déjà cumulées à plusieurs milliers d’euros
- L’inscription préalable et gratuite sur le site de TfL suffit à éviter la plupart des mauvaises surprises
Ce qui se cache derrière cette enveloppe britannique
Londres a mis en place deux dispositifs distincts qui peuvent se cumuler sur un même trajet. D’un côté, l’ULEZ couvre tout le Grand Londres avec un tarif de 12,50 £ par jour pour les véhicules non conformes, tandis que la Congestion Charge s’applique au centre-ville pour 15 £ par jour, du lundi au vendredi de 7h à 18h. Concrètement, un van diesel qui ne respecte pas la norme Euro 6 doit payer la redevance ULEZ, et s’il traverse en plus le cœur de la capitale en semaine, la Congestion Charge s’ajoute à la facture.
Le vrai problème arrive quand on n’a rien payé du tout. Faute de règlement le lendemain, une amende (Penalty Charge Notice) peut aller jusqu’à 160 £, et il ne faut pas croire y échapper en rentrant en France, elle finit toujours par arriver. Le système repose sur des caméras qui lisent les plaques automatiquement : TfL utilise des caméras de reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation (ANPR) pour détecter l’entrée dans la zone. Aucune barrière, aucun péage physique, juste un objectif qui filme et une base de données qui recoupe. Pour un van qui multiplie les allers-retours entre le point de stationnement et le centre-ville pendant un city-trip, l’addition grimpe vite. Pour certains automobilistes français, la facture s’élève à plusieurs milliers d’euros en raison du cumul des passages.
Pourquoi les plaques françaises passent (mal) sous le radar
Voici le nœud du problème, et il est proprement absurde vu de l’extérieur. Les autorités londoniennes réclament une taxe basée sur la norme antipollution du véhicule, mais elles n’ont techniquement aucun moyen de la vérifier pour un immatriculé étranger. Les autorités ne peuvent en effet vérifier que les normes d’émission des véhicules immatriculés en Grande-Bretagne. un van diesel Euro 6, parfaitement conforme et donc exempté de taxe, peut recevoir la même amende qu’un vieux diesel Euro 3 polluant, simplement parce que sa plaque n’est pas anglaise.
Cette faille administrative a des conséquences très concrètes. Même des véhicules électriques, qui ne sont pourtant soumis à aucune redevance, ont pu être verbalisés faute d’inscription préalable. La situation a d’ailleurs pris une tournure politique côté belge : des dizaines de milliers de résidents de l’UE, dont des milliers de Belges, ont été pris en train de rouler dans l’ULEZ de Londres au cours des derniers mois et années, et le Royaume-Uni admet lui-même ne pas avoir accès aux spécifications techniques des véhicules immatriculés hors de son territoire, ce qui a poussé les responsables politiques belges et la Commission européenne à évaluer une possible indemnisation. Le van français, lui, n’a droit à aucun traitement particulier : il subit la même présomption de culpabilité que n’importe quelle plaque étrangère qui traverse la zone sans s’être signalée.
Comment éviter la mauvaise surprise avant le prochain départ
La bonne nouvelle, c’est que la démarche pour se mettre en conformité est simple et gratuite, à condition de l’anticiper. Il faut inscrire son véhicule au plus vite sur le site officiel, une procédure entièrement gratuite. Concrètement, il suffit de renseigner la plaque et la norme Euro du van sur le vérificateur de véhicule de Transport for London avant même de prendre la route, histoire de savoir à l’avance si une redevance est due ou si le véhicule est exempté.
Pour la Congestion Charge, un système de paiement anticipé existe et permet de régler jusqu’à trois mois avant le trajet. Il faut soit payer en avance, jusqu’à 90 jours avant si l’on sait déjà que l’on va entrer dans la zone, soit payer le jour même avant minuit pour bénéficier du tarif standard. Pour les séjours prolongés ou les habitués de la capitale britannique, l’option Auto Pay reste la plus confortable : un système automatique avec débit à la fin du mois sur la carte de crédit réduit la charge à environ 10,50 £, soit environ 12,25 euros. Une fois inscrit, plus besoin de penser au timing de chaque paiement.
Et si l’amende est déjà tombée dans la boîte aux lettres malgré un véhicule conforme ? Tout n’est pas perdu. EPC, la société chargée du recouvrement, procède généralement à l’annulation des amendes une fois la preuve de conformité apportée, même si la démarche peut être longue. Il faut alors rassembler la carte grise et, si nécessaire, un document attestant de la norme Euro du moteur, puis contester dans les délais impartis, généralement 28 jours après réception du courrier.
Un dernier détail mérite d’être connu avant de reprendre la route vers l’Angleterre : les jours fériés britanniques offrent une fenêtre de circulation gratuite. Il n’y a pas de Congestion Charge les jours fériés officiels à Londres, ce qui permet aux conducteurs de circuler librement sans avoir à payer la taxe. De quoi caler malicieusement son passage dans la capitale un lundi férié plutôt qu’un mardi ordinaire, et économiser au passage le prix d’un plein d’essence côté français, où le litre de gazole reste, lui aussi, scruté de près par les observatoires officiels des prix des carburants.
Sources : eta-uk.fr | touring.be