L’empreinte carbone d’un aller-retour Paris-Barcelone en avion ? L’équivalent de ce qu’émet une voiture en trois mois d’usage quotidien. Cette réalité m’a frappé l’été dernier, au moment de planifier mes vacances. Résultat ? J’ai troqué les terminaux d’aéroport contre les ponts de ferry — et découvert que l’Europe recèle des perles insulaires accessibles par la mer, sans jamais quitter le sol.
À retenir
- Des liaisons maritimes oubliées révèlent des destinations insulaires sous un jour totalement nouveau
- Le coût reste équivalent à l’avion, mais avec liberté de mouvement et voiture incluse
- L’empreinte carbone d’un ferry est 6 fois inférieure à celle d’un avion sur courtes distances
La Sardaigne depuis Marseille : quand le voyage devient destination
Treize heures de traversée nocturne depuis Marseille. Le temps de dîner au restaurant du bord, de regarder le soleil plonger dans la Méditerranée depuis le pont supérieur, et de se réveiller face aux côtes sardes qui émergent dans la lumière dorée du matin. Cette approche lente de l’île révèle ce que l’avion gomme : la géographie, les nuances de bleu, l’anticipation qui grandit kilomètre après kilomètre.
Le ferry vers la Sardaigne coûte environ 150 euros par personne avec une cabine — soit le prix d’un vol, mais avec la voiture incluse. Impossible de quantifier la liberté que représente son propre véhicule sur une île de 24 000 kilomètres carrés. Les criques secrètes de la Costa Smeralda, les villages perchés de Barbagia, les routes sinueuses du cap Caccia : autant de trésors inaccessibles aux touristes cloués dans les stations balnéaires.
Corse : l’île de Beauté sans décollage
Quatre heures depuis Nice, trois depuis Marseille. La Corse par ferry, c’est redécouvrir l’art du voyage contemplatif. Pas de course contre la montre vers la porte d’embarquement, pas d’attente dans des files interminables. Juste l’horizon qui se rapproche et cette sensation unique de voir surgir les montagnes corses de la mer — un spectacle que les hublots d’avion ne peuvent restituer.
Les compagnies Corsica Ferries et La Méridionale proposent des traversées régulières vers Bastia, Ajaccio ou Porto-Vecchio. Prix moyen : 120 euros l’aller-retour en période normale, cabine comprise. L’avantage ? Partir avec son équipement de randonnée, ses provisions locales au retour, et cette liberté de mouvement qui transforme l’île en terrain de jeu accessible.
La Corse révèle sa vraie nature quand on peut s’aventurer sur la route des crêtes, bivouaquer près des piscines naturelles de Bavella ou suivre le GR20 avec son propre matériel. Des expériences impensables en restant prisonnier des navettes aéroport-hôtel.
Baléares et au-delà : l’art de voyager autrement
Majorque, Minorque, Ibiza — l’archipel baléare accessible depuis Barcelone ou Valence change de visage quand on l’aborde par la mer. Fini l’image carte postale des plages bondées. Place à la découverte des calanques sauvages de Minorque, des marchés locaux de Majorque où dénicher les sobrassadas authentiques, des couchers de soleil ibizènes loin des clubs branchés.
Particularité de ces liaisons : Baleària et Trasmediterránea opèrent des ferries rapides qui rallient Palma en six heures depuis Barcelone. Le voyage devient prétexte à ralentir, à savourer cette transition progressive entre le continent et l’insularité.
Autres pépites européennes accessibles par ferry : la Sicile depuis Villa San Giovanni — vingt minutes de traversée spectaculaire face à l’Etna —, les îles grecques depuis Ancône ou Bari, ou encore l’Irlande depuis Roscoff. Chaque liaison révèle des territoires que l’avion survole sans les saisir.
L’empreinte environnementale qui change la donne
Un ferry émet en moyenne 40 grammes de CO2 par kilomètre et par passager. Un avion ? Plus de 250 grammes sur les mêmes distances courtes. Cette différence d’impact environnemental justifie à elle seule de reconsidérer nos habitudes de voyage — surtout quand le ferry enrichit l’expérience au lieu de la réduire.
Sans compter les à-côtés : pas de limitation de bagages draconienne, possibilité de voyager avec son animal, restauration à bord souvent plus qualitative que les plateaux-repas aériens. Le ferry remet le voyage au centre du plaisir, là où l’avion l’a transformé en corvée nécessaire.
Cette redécouverte du voyage lent transforme la perception des distances européennes. L’Europe n’est plus cet ensemble de destinations qu’on joint en deux heures de vol, mais un continent aux mille nuances qu’on traverse, qu’on ressent, qu’on apprivoise. Une leçon de géographie grandeur nature qui donne un sens nouveau au terme “voyage” — étymologiquement, le chemin que l’on suit.
Reste une question : combien d’îles européennes mériteraient qu’on leur consacre le temps du voyage par ferry plutôt que l’efficacité illusoire de l’avion ?