Gordes photographiée sous tous les angles, Roussillon envahi de bus dès 10 heures, le plateau de Valensole transformé en studio Instagram géant chaque juillet : la Provence des cartes postales sature. Les voyageurs en van l’ont compris et regardent désormais ailleurs, vers un arrière-pays qui n’a rien perdu de son authenticité provençale mais tout gardé de sa tranquillité. Un basculement logique quand on sait que 4 millions de personnes sont venues visiter le Vaucluse en 2018, tandis que les Alpes-de-Haute-Provence totalisaient près de 14 millions de nuitées touristiques en 2017. Difficile de rester seul au monde dans ces conditions.
À retenir
- Pourquoi les plus beaux paysages de Provence restent invisibles aux yeux des touristes classiques
- Quels secrets cachent les massifs du nord du Ventoux et du Garlaban
- Comment visiter le plateau de Valensole sans croiser les foules Instagram
Le massif de la Sainte-Baume et le pays de Pagnol, loin de la foule
À une heure de Marseille, la Sainte-Baume reste étonnamment ignorée des circuits classiques. Moins touristique que d’autres régions provençales, ce massif abrite des forêts denses, des grottes mystérieuses et des sentiers de randonnée à couper le souffle. On y gare le van au calme, on marche des heures sans croiser grand monde, et on redescend le soir sans avoir sorti l’appareil photo une seule fois par obligation touristique.
Un peu plus au sud, le massif du Garlaban mérite le détour pour une raison différente : c’est le décor réel des souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. On peut y garer son van pour partir en randonnée sur les traces de Pagnol, et dormir au camping du Garlaban, également proche de la Ciotat, ville portuaire chargée d’histoire industrielle. Cette portion de l’arrière-pays varois illustre bien le phénomène en cours : de nombreuses zones situées dans des régions très touristiques restent isolées des sites les plus fréquentés, comme l’arrière-pays varois en Provence. La Provence bling-bling est à vingt kilomètres. On dirait un autre pays.
Les Baronnies Provençales, l’envers discret du Ventoux
Tout le monde connaît le Mont Ventoux vu du col des Tempêtes, saturé de cyclistes en été. Peu de vanlifers font le détour par son versant nord, dans les Baronnies Provençales, un territoire de villages perchés et de vallées encaissées où le rythme change du tout au tout. La vallée du Toulourenc permet de découvrir les villages de Brantes, Saint-Léger et Savoillans, à partir desquels on profite d’une vue imprenable sur le versant nord du Mont Ventoux. Le contraste avec le côté sud, bétonné de parkings à touristes, est saisissant.
À Montbrun-les-Bains, on peut emprunter le sentier des Fontaines pour admirer les ruelles et goûter aux produits du terroir, avant de se laisser tenter par quelques heures dans les bains thermaux. Un peu plus loin, Malaucène, au pied du versant nord, est une véritable vitrine des produits frais locaux : cerises, asperges, abricots. Et quand la chaleur écrase tout en juillet, les gorges du Toulourenc invitent à une halte rafraîchissante, particulièrement appréciable pendant la canicule estivale. De quoi comprendre pourquoi cette zone grimpe dans les carnets de route des voyageurs en van, alors qu’elle restait il y a encore peu réservée aux locaux et à quelques randonneurs avertis.
Forcalquier, Digne, le plateau de Valensole hors saison : l’autre Haute-Provence
Le plateau de Valensole a beau être devenu un cliché de la lavande en juillet, il se révèle sous un jour totalement différent au printemps ou en octobre, quand les champs sont vides et les cars de touristes absents. Une curiosité locale mérite d’ailleurs le détour : le plateau de Valensole, au sud-ouest de Digne-les-Bains, est aussi l’endroit où un cultivateur vit une soucoupe volante atterrir un petit matin de 1965, une anecdote que se transmettent encore les habitants du coin avec un sourire en coin.
Forcalquier, capitale discrète de cette Haute-Provence, cumule les atouts : citadelle, marché réputé et aire de stationnement qui fait le plein de vanlifers fidélisés d’une année sur l’autre. Pas loin, Riez cache un vestige antique méconnu : des colonnes romaines hautes de 7 mètres, qui constituaient la façade orientale d’un temple construit au 1er siècle après J.-C., vraisemblablement dédié à Apollon. On s’y arrête pour deux jours, on n’en repart plus, séduit par un marché deux fois par semaine et un rythme de vie qui n’a rien à voir avec l’agitation du Luberon voisin.
Pour dormir dans ce secteur, les options restent simples mais suffisantes. À Montmeyan, dans le Var, aux portes du Verdon, une aire de 12 emplacements équipés de bornes électriques, de vidange et de wifi permet de découvrir l’histoire, le patrimoine et les traditions locales de ce village, avec ses animations bien ancrées dans le calendrier local. Plus au nord, à Vinon-sur-Verdon, une aire aménagée dans un ancien camping municipal, relativement bien ombragée, offre une vue sur la rivière. Rien de spectaculaire sur le papier, mais l’essentiel : de la place, du calme, et l’accès direct à une Provence qui vit encore de son propre rythme.
Voyager léger, hors saison, et respecter les règles
Ce basculement vers l’arrière-pays répond aussi à une logique de saison. Les meilleures périodes pour un roadtrip en van aménagé restent le printemps et l’automne, quand le climat est idéal, ni trop chaud ni trop froid, et que le choix de spots de bivouac est plus large. En pleine canicule d’août, ces vallées encaissées deviennent aussi des refuges de fraîcheur, loin des embouteillages de la RD900 entre Gordes et Roussillon.
Un point mérite d’être rappelé avant de partir : le stationnement libre en van reste encadré, et chaque commune applique ses propres règles. Les espaces de bivouac sont nombreux, mais il faut veiller à respecter la législation en vigueur. Certaines aires limitent la durée de séjour à 48 heures, d’autres l’étendent jusqu’à un mois selon les périodes. Un simple coup d’œil au règlement affiché sur la borne, avant de couper le moteur, évite bien des mauvaises surprises et permet de savourer sans arrière-pensée ces coins de Provence que les guides n’ont pas encore trouvés.
Sources : aireparkreservation.com | destinationluberon.com