Deux bus par jour. Parfois même seulement trois fois par semaine, et uniquement en milieu de matinée. Voilà la réalité qui attend les voyageurs qui débarquent dans le Zagóri, cette région montagneuse du nord-ouest de la Grèce, en pensant sauter d’un village à l’autre comme on change de quai de métro. Le résultat, c’est cette anecdote qu’on entend de plus en plus souvent sur les forums de voyage : des touristes venus pour deux nuits qui peuvent finir par en passer plusieurs de plus, coincés dans le même hameau de pierre, faute de correspondance.
À retenir
- Un à deux bus par jour relient certains villages du Zagóri, parfois seulement quelques fois par semaine selon les liaisons
- Rejoindre un village voisin requiert souvent un détour par Ioannina
- Les locaux ont développé des systèmes D : auto-stop, covoiturage et solidarité
Un réseau de bus pensé pour les habitants, pas pour les visiteurs
Le Zagóri, ce sont 46 villages de pierre accrochés aux flancs du massif du Tymfi, entre gorges vertigineuses et forêts de feuillus. Cette région montagneuse est composée de villages traditionnels en pierre, avec des ruelles étroites et des toits d’ardoise grise. Sur le papier, tout semble accessible : Papigo, Monodendri, Vitsa, Kipi, Tsepelovo, autant de noms qui font rêver les amateurs de randonnée depuis qu’ils ont découvert les photos des gorges de Vikos. Celles-ci sont répertoriées par le Guinness World Records comme les plus profondes au monde par rapport à leur largeur, même si certains contestent cette formulation en avançant qu’elles constitueraient plutôt le deuxième canyon le plus profond du monde en valeur absolue, derrière le Grand Canyon — une affirmation minoritaire et non consensuelle.
Le problème, c’est que le réseau de bus KTEL, qui dessert l’ensemble du pays, n’a jamais été pensé pour ce genre de tourisme itinérant. Depuis Ioannina, peu de bus assurent la desserte des villages de Zagori, et la compagnie Ktel n’offre que quelques solutions vers Tsepelovo et Kapesovo, Kipi, Vitsa et Monodendri, et Papingo certains jours de la semaine, à raison d’un ou deux départs quotidiens selon les liaisons. Concrètement, si vous ratez le bus du matin, il n’y en aura pas d’autre avant le lendemain, voire plusieurs jours plus tard selon le village visé.
Les horaires précis varient fortement d’une liaison à l’autre et sont rarement publiés en ligne de façon fiable : selon les témoignages de voyageurs, certaines lignes ne comptent qu’un unique départ hebdomadaire, quand d’autres proposent deux bus par jour en semaine. Un touriste arrivé juste après le passage du bus de la semaine peut ainsi devoir patienter plusieurs jours avant de repartir en transport public. Plusieurs jours de plus dans le même village, ce n’est donc pas nécessairement une exagération de voyageur malchanceux : c’est, dans certains cas, la mécanique d’un territoire où les lignes régulières sont taillées pour les besoins des habitants, pas pour les circuits touristiques.
Ioannina, le passage obligé qui complique tout
Autre piège classique : croire qu’on peut rejoindre directement un village voisin. Dans la pratique, la connexion entre les villages via les transports publics est très limitée, et il faut souvent rejoindre Ioannina en premier lieu avant de prendre un autre bus. Ioannina, capitale régionale de l’Épire, fonctionne comme un hub obligatoire : la gare routière centrale de la région se trouve à Ioannina, et la plupart des bus en direction des villages de Zagoria partent de ce point.
Ce qui semble être un simple détour sur une carte se transforme vite en journée entière perdue. Pour aller de Papigo à Monodendri, distants d’à peine une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau, il faut parfois redescendre jusqu’à Ioannina, attendre la correspondance, remonter dans une autre vallée. Les liaisons par bus entre les villages sont médiocres, mieux vaut se préparer à faire de la randonnée ou de l’auto-stop. C’est d’ailleurs devenu une habitude locale : sur les sentiers autour des gorges de Vikos, les habitants ont l’habitude de récupérer les randonneurs en manque de transport, un système D qui fonctionne bien mieux que n’importe quel horaire officiel.
Certains voyageurs plus débrouillards racontent avoir trouvé des astuces, comme monter dans un bus KTEL en direction d’un autre village et descendre à un arrêt intermédiaire non signalé sur les horaires officiels, avant de négocier une course en taxi jusqu’à leur destination finale. Ce type d’anecdote circule sur les forums de voyage mais reste difficile à recouper précisément ; elle illustre en tout cas à quel point l’improvisation reste, ici, une compétence de voyage à part entière.
Rester bloqué, finalement, n’est pas une punition
Ce qui frappe, dans les récits de ces voyageurs “coincés”, c’est que la plupart n’en gardent pas un mauvais souvenir. Plusieurs jours à Vitsa ou à Kapesovo, sans autre choix que d’attendre le prochain bus, ça oblige à ralentir, à discuter avec le tenancier de la taverne, à refaire plusieurs fois le même sentier autour du village en changeant d’angle sur les montagnes. Une contrainte logistique qui se transforme, presque malgré elle, en immersion forcée.
Le Zagóri reste d’ailleurs l’un des rares coins de Grèce continentale encore préservé du tourisme de masse international, une destination hors des sentiers battus. Cette situation tient sans doute à plusieurs facteurs, parmi lesquels la difficulté à s’y déplacer sans voiture, mais aussi l’éloignement du littoral et une promotion touristique moindre que dans d’autres régions du pays — sans qu’un lien de cause à effet unique puisse être établi. Pas étonnant, en tout cas, que la plupart des guides recommandent la location d’un véhicule : la majorité des visiteurs préfèrent se déplacer en véhicule privé, ce qui permet d’explorer la région à son propre rythme, d’accéder aux recoins les plus reculés et de rejoindre Ioannina facilement.
Pour qui n’a pas de voiture, l’astuce consiste donc à accepter d’avance ce tempo particulier : caler son itinéraire sur les jours de bus plutôt que l’inverse, prévoir large, et surtout ne jamais prévoir de correspondance le jour même. Un détail amusant mérite d’être signalé : certains hébergeurs du Zagóri, habitués à ces situations, proposent spontanément de garder les bagages en trop ou d’organiser un covoiturage avec le voisin qui descend en ville, preuve que dans ces vallées reculées, la solidarité locale reste, bien souvent, le moyen de transport le plus fiable.
Sources : tripadvisor.co.nz | takeyourbackpack.com