Premiers secours en randonnée : les gestes qui sauvent

Un virage, une racine humide, et le pied part. La scène est banale. Ce qui change tout, c’est ce qui se passe dans les cinq minutes suivantes, quand le chemin est loin, le réseau incertain, et que votre groupe n’a « que » ce qu’il porte sur le dos.

Les premiers secours en randonnée ne ressemblent pas à ceux d’un stade ou d’une rue de ville. En itinérance, le terrain complique les gestes, le froid vide les batteries, la fatigue brouille le jugement, et l’évacuation médicale peut prendre des heures. Résultat ? Vous devez viser simple, robuste, et faisable avec peu de matériel.

Ce guide « premiers secours randonnée » se concentre sur la longue distance en France et en Europe, avec des protocoles adaptés à l’isolement, au relief, et aux contraintes de poids. Pour la prévention en amont, gardez aussi sous la main les contenus du cocon sur securite randonnee longue distance, meteo montagne randonnee, randonnee solo longue distance conseils et le guide randonnee longue distance.

Pourquoi maîtriser les premiers secours en randonnée ?

Les risques spécifiques à la randonnée longue distance

Sur plusieurs jours, les petits problèmes se cumulent. Une ampoule négligée devient une plaie, une tendinite modifie la foulée, puis une chute arrive sur un passage facile. La longue distance ajoute deux facteurs très concrets : l’usure (fatigue, manque de lucidité) et l’exposition (froid, chaleur, pluie, altitude).

Un exemple simple : une entorse en fin de journée. En sortie à la demi-journée, on rentre en boitant. En itinérance, on doit encore monter un col, trouver un bivouac, gérer la chaleur qui tombe, puis décider si l’on peut marcher demain. Les premiers secours, ici, servent autant à stabiliser qu’à décider.

L’isolement et l’éloignement des secours

En 2026, même avec des cartes hors ligne et un smartphone, le secours n’est pas « immédiat » en montagne. Les délais dépendent de la météo, de la visibilité, de la disponibilité d’un hélicoptère, et de l’accès au lieu. Cette réalité change la priorité : protéger la victime du froid, du vent, et du terrain devient aussi important que le pansement.

L’autre point, rarement dit clairement : vous êtes responsable de la sécurité du groupe entier. Immobiliser une personne sur un sentier étroit peut mettre tout le monde en danger. Les gestes de secours sont aussi des gestes d’organisation.

La trousse de premiers secours du randonneur

Contenu essentiel pour la randonnée de plusieurs jours

Question fréquente : « Que contient une trousse de premiers secours pour randonnée ? » Réponse utile : une trousse de longue distance doit couvrir trois scénarios, la petite bobologie (qui arrive tous les jours), la blessure qui empêche de marcher, et l’urgence vitale en attendant les secours.

  • Protection et hygiène : gants nitrile, solution hydro-alcoolique, compresses stériles, sérum physiologique (unidoses), sacs zip pour isoler le matériel souillé.
  • Pansements : pansements adhésifs variés, strips de rapprochement (type Steri-Strip), compresses, bande extensible, bande cohésive, ruban adhésif solide (type tape).
  • Hémorragie : compresses en quantité, une bande de compression, de quoi faire un pansement compressif efficace.
  • Immobilisation et entorses : bande élastique, éventuellement une petite attelle légère si vous partez loin et longtemps, ou au minimum de quoi fixer une attelle improvisée.
  • Thermique : couverture de survie, moyen de créer un « cocon » (sac poubelle solide, sursac léger, doudoune du groupe, matelas).
  • Outils : pince à échardes, mini ciseaux, épingles de sûreté.
  • Documentation : fiche mémo des gestes, et informations médicales du groupe (allergies, traitements, antécédents), sur papier si possible.

Une bonne trousse se reconnaît à un détail : elle est accessible. La compresse au fond du sac n’aide personne quand le sang coule et que la pluie arrive.

Médicaments et matériel médical indispensables

« Quels médicaments emporter en randonnée longue distance ? » Il n’y a pas de liste universelle. Il y a un principe : emporter ce que vous savez utiliser, en tenant compte de vos antécédents, et sans jouer au pharmacien. L’automédication a ses limites, surtout en altitude, en déshydratation, et avec l’effort.

  • Antalgique simple pour douleur et fièvre (selon tolérance personnelle et contre-indications).
  • Traitement personnel obligatoire (asthme, allergies, migraine, diabète, etc.), en double si l’itinérance est longue.
  • Antihistaminique si antécédents d’allergies, et matériel prescrit si risque d’anaphylaxie (auto-injecteur d’adrénaline, si indiqué par un médecin).
  • De quoi gérer le digestif courant (diarrhée, nausées) si vous y êtes sujet, avec prudence sur l’hydratation.

Pour la montagne, le « matériel médical » qui compte le plus est parfois non médical : une doudoune chaude en plus dans le groupe, une frontale fiable, et une capacité à s’abriter vite. Le secours commence avant la compresse.

Optimiser le poids et l’organisation de sa trousse

Le piège classique : alourdir la trousse avec des objets rassurants mais inutilisés, et oublier les consommables. Une entorse demandera surtout des bandes et du tape, pas un gadget. Une plaie demandera du rinçage et des compresses, pas dix types de crèmes.

Organisation efficace : regroupez en trois pochettes (bobologie, traumatismes, urgence vitale/thermique). Marquez-les. En situation de stress, fouiller « au hasard » fait perdre du temps, et le temps, dehors, se transforme vite en hypothermie.

Gestes de premiers secours : les urgences vitales

« Quels sont les gestes de premiers secours en randonnée ? » La base reste la même partout : vérifier la conscience, la respiration, traiter une hémorragie, alerter, protéger. En montagne, vous ajoutez une contrainte : stabiliser sans vous exposer.

Position latérale de sécurité (PLS) en terrain difficile

La PLS concerne une victime inconsciente qui respire. Sur sentier pentu, le risque n’est pas seulement l’étouffement, c’est la chute secondaire. Avant de basculer la personne, stabilisez la zone : sac(s) en butée, bâtons plantés, un équipier qui sécurise.

Si le sol est froid, isolez tout de suite. Matelas sous la victime, veste sous le bassin et les épaules, couverture de survie par-dessus. Une victime qui respire, mais qui refroidit pendant l’attente, peut se dégrader.

Réanimation cardio-pulmonaire en montagne

En arrêt cardiaque, la priorité est de débuter la RCP et d’alerter. Les recommandations de réanimation grand public insistent sur des compressions thoraciques de qualité, à une fréquence de 100 à 120 par minute, avec une profondeur d’environ 5 à 6 cm chez l’adulte, en limitant les interruptions. Le ratio classique reste 30 compressions pour 2 insufflations si vous êtes formé et capable de ventiler. Sinon, compressions seules valent mieux que rien, surtout au début. Les recommandations récentes de l’ERC, relayées en France, réaffirment ces repères de qualité.

Le terrain complique tout : recherchez une surface la plus plane possible, quitte à déplacer très légèrement la victime si c’est faisable sans danger. Protégez-vous du froid au passage, parce qu’une RCP efficace demande de l’énergie et de la coordination, parfois longtemps.

Gestion de l’hémorragie et compression d’urgence

Une hémorragie externe sévère se traite vite, sans débat. Pression directe sur la plaie avec une compresse, ou à défaut un tissu propre, puis pansement compressif. Si ça traverse, on rajoute par-dessus, on ne retire pas ce qui est déjà imbibé, et on maintient la compression.

Deux détails changent la donne en randonnée : la boue et l’eau. Ne cherchez pas la perfection stérile, cherchez l’efficacité. Et surveillez la victime : pâleur, sueurs, agitation, sensation de soif, faiblesse. Le choc hémorragique peut arriver avant « l’impression de gros saignement ».

Traumatismes et blessures courantes en randonnée

Entorses et foulures : immobilisation et transport

Une entorse de cheville est l’accident « signature » du randonneur. Le vrai enjeu, ce n’est pas de faire disparaître la douleur, c’est d’éviter d’aggraver la lésion en forçant.

  • Immobilisez avec une bande élastique, en maintenant le pied dans une position neutre, sans couper la circulation.
  • Surélevez dès que possible, et protégez du froid si la personne reste immobile.
  • Décidez : marche possible avec appui partiel, ou arrêt. En longue distance, l’orgueil coûte des jours.

Pour le transport, la solution la plus réaliste est souvent l’auto-évacuation lente vers un point accessible, avec bâtons réglés, sac allégé, et rythme cassé. Si la douleur est intense, si l’appui est impossible, ou si la cheville se déforme, changez de plan : alerte et attente sécurisée.

Fractures : stabilisation et évacuation

« Comment traiter une fracture en randonnée ? » On stabilise, on protège, on évacue. Une fracture se soupçonne devant une douleur vive, une déformation, une impotence fonctionnelle, ou une douleur à la palpation osseuse. En montagne, la priorité est d’éviter les mouvements.

  • Immobilisez l’articulation au-dessus et en dessous de la zone douloureuse.
  • Retirez bagues et objets serrés s’il y a risque de gonflement.
  • Surveillez la circulation et la sensibilité en aval (couleur, chaleur, fourmillements, capacité à bouger les doigts/orteils).

Une fracture en terrain isolé, c’est souvent une évacuation. « Comment évacuer un blessé en montagne ? » Seuls, sans matériel de portage, c’est rarement une bonne idée de porter longtemps. L’option la plus sûre est souvent de sécuriser, alerter, isoler du froid, et attendre. L’hélicoptère n’est pas garanti, mais une victime stable, bien protégée, est une victime qui « tient ».

Plaies et coupures : nettoyage et pansements

Une plaie en randonnée n’est pas qu’un problème de sang, c’est un problème d’infection. Le geste qui change tout : rincer longtemps. Sérum physiologique, eau potable si nécessaire, puis compression si ça saigne, puis pansement.

Les strips de rapprochement sont utiles sur une coupure nette, propre, et peu contaminée. Sur une plaie sale ou irrégulière, mieux vaut un pansement non adhérent et une surveillance, avec décision de consulter dès retour en zone habitée si doute.

Brûlures et coups de soleil sévères

Le soleil tape, même quand l’air est frais. En altitude, l’UV est plus agressif, et la neige ou les roches claires renvoient la lumière. Une brûlure solaire sévère, c’est douleur, frissons, parfois fièvre, et risque de déshydratation.

  • Mettez la zone à l’ombre, couvrez avec un textile, hydratez régulièrement.
  • Refroidissez avec de l’eau fraîche (pas glacée) si c’est une brûlure thermique récente.
  • Surveillez les cloques étendues, les signes généraux, et la capacité à continuer : parfois, la meilleure décision est de descendre et récupérer.

Urgences médicales spécifiques à la montagne

Mal aigu des montagnes (MAM) : reconnaissance et action

« Comment reconnaître le mal des montagnes ? » Le tableau typique associe un séjour récent en altitude, souvent au-dessus d’environ 2 000 à 2 500 mètres, et des symptômes comme maux de tête, nausées, fatigue marquée, vertiges, troubles du sommeil. La nuit suivant la montée est un moment classique d’apparition.

Conduite à tenir sur le terrain : stop à la montée. Repos, hydratation raisonnable, surveillance. Si les symptômes s’aggravent, la descente devient le traitement le plus efficace. Soyez attentif aux drapeaux rouges : démarche instable (ataxie), confusion, somnolence anormale, essoufflement au repos. Ces signes font craindre des formes graves liées à l’altitude, et imposent une descente urgente et une alerte.

Hypothermie : prévention et réchauffement d’urgence

« Que faire en cas d’hypothermie en montagne ? » Premier réflexe : couper les pertes de chaleur. Le froid ne vient pas seulement de l’air, il vient du sol, du vent, et des vêtements mouillés. Mettez la personne à l’abri, isolez du sol, remplacez ou retirez ce qui est humide si possible, et réchauffez progressivement.

Manipulez avec douceur. Une hypothermie modérée à sévère peut rendre le cœur plus instable, et des mouvements brusques peuvent aggraver la situation. Si la victime est consciente, réchauffez, donnez à boire chaud et sucré si elle peut avaler sans risque. Si elle devient somnolente, confuse, ou ne respire pas normalement, on bascule dans l’urgence vitale : alerte immédiate et conduite de réanimation si nécessaire.

Coup de chaleur et déshydratation sévère

La chaleur en randonnée longue distance, c’est un piège lent. On sous-estime l’effort, on sur-estime les points d’eau, et on finit à « sec » sur une crête. Le coup de chaleur, lui, est une urgence : peau chaude, troubles du comportement, malaise, parfois absence de sueur, et état qui se dégrade vite.

  • Mettez à l’ombre, arrêtez l’effort, retirez l’excès de couches.
  • Refroidissez activement : eau sur la peau, ventilation, linge humide, sans provoquer de frissons.
  • Hydratez par petites prises si la personne est parfaitement consciente, sinon alerte.

Pour la déshydratation sévère, le signe qui trompe : on peut avoir « juste » mal à la tête et être déjà en difficulté. Urines très foncées, faiblesse, crampes, vertiges, confusion, sont des signaux d’arrêt et de prise en charge.

Réactions allergiques et piqûres d’insectes

La plupart des piqûres font mal et gonflent, puis passent. Le danger, c’est la réaction systémique : urticaire généralisée, gonflement du visage ou de la gorge, gêne respiratoire, malaise. Là, chaque minute compte. Alertez, mettez la personne au repos, surveillez la respiration, et utilisez le traitement prescrit si la personne en a un (par exemple auto-injecteur d’adrénaline, lorsqu’il est indiqué médicalement).

En randonnée, le sur-accident arrive vite : panique, hyperventilation, chute. Restez simple : position confortable, chaleur, surveillance, alerte.

Donner l’alerte et organiser les secours

Évaluation de la situation et prise de décision

Avant d’appeler, regardez autour. Chute de pierres, orage qui arrive, bord de ravin, avalanches de neige humide au printemps, sentier exposé. Votre première action peut être de déplacer le groupe de deux mètres, pas de sortir le téléphone.

Décidez ensuite si vous êtes en auto-secours ou en demande de secours. Une règle pragmatique : si la personne ne peut pas marcher, si un doute existe sur une fracture, si la conscience est altérée, si la respiration est anormale, si l’hémorragie ne se contrôle pas, on alerte.

Moyens de communication d’urgence (balise, téléphone)

« Comment donner l’alerte en cas d’accident en randonnée ? » En France et en Europe, le 112 reste la référence, car il fonctionne comme numéro d’urgence européen. En France, le 114 permet de contacter les secours par SMS, utile quand on ne peut pas parler ou quand le réseau est faible. Avant de partir, informez-vous sur les conditions locales, et anticipez les zones blanches.

La balise de détresse (type PLB ou dispositif satellite) peut être un vrai filet de sécurité en longue distance, surtout hors réseau. Elle ne remplace pas le jugement : déclencher pour une entorse légère est un mauvais usage, mais attendre trop longtemps pour une détresse vitale l’est tout autant. Le juste milieu s’apprend.

Informations essentielles à transmettre aux secours

Un appel efficace, c’est une description claire. Donnez :

  • Lieu précis : nom du sentier/secteur, point remarquable, altitude si connue, coordonnées GPS si disponibles.
  • Ce qui s’est passé : chute, malaise, pierre, froid, etc.
  • État de la victime : consciente ou non, respire ou non, saignement, douleur, possibilité de marcher.
  • Risques sur place : météo, nuit proche, terrain instable.
  • Vos moyens : abri, vêtements chauds, nombre de personnes, capacité à guider les secours.

Parlez lentement. La précision fait gagner plus de temps que la vitesse.

Baliser et sécuriser la zone d’attente

Une fois l’alerte donnée, l’attente devient un exercice de gestion. Protégez la victime : isolation du sol, chaleur, abri du vent. Protégez le groupe : hydratation, couches, moral, et une personne dédiée à l’orientation des secours.

La signalisation peut être simple : vêtements colorés, frontale la nuit, sifflet si nécessaire. Dans certains terrains, s’éparpiller pour « chercher du réseau » est tentant. Faites-le seulement si vous pouvez le faire en sécurité, avec consignes écrites, heure de retour, et un point de rendez-vous. Se perdre en voulant aider arrive plus souvent qu’on ne l’imagine.

Formation et préparation aux gestes de secours

Formations recommandées avant le départ

Le secourisme ne s’improvise pas au moment où tout le monde vous regarde. En France, des formations grand public existent (type PSC1), et des modules orientés milieu isolé ou montagne sont proposés par différents organismes. L’objectif, ce n’est pas d’accumuler des diplômes, c’est de rendre automatiques trois routines : bilan de la victime, contrôle d’une hémorragie, et organisation de l’alerte.

Pour l’itinérance, je suis partisan d’une approche : une formation de base pour tous, et un référent « secours » dans le groupe qui se forme davantage. Ça limite les gestes hasardeux, et ça fluidifie la décision.

Entraînement pratique et mise en situation

Trois mois. C’est le temps qu’il faut souvent pour oublier les bons réflexes si on ne pratique pas. Entraînez-vous à poser un pansement compressif avec des mains froides, à improviser une attelle avec un matelas mousse et du tape, à mettre quelqu’un en PLS sur une pente. Faites-le en conditions réalistes, pas dans un salon.

Au passage, l’improvisation n’est pas un « plan B ». En outdoor, c’est le plan A. Une attelle improvisée fonctionne très bien avec : un bâton, une mousse pliée, une doudoune roulée, et de quoi fixer. Le secret est dans la fixation, pas dans l’objet.

Révision des gestes et mise à jour des connaissances

Les recommandations évoluent, les pratiques se simplifient, et les matériels changent. Une fois par an, relisez vos fiches, vérifiez les dates de péremption, testez vos lampes, et mettez à jour les contacts d’urgence. Faites-le avant la saison, pas la veille du départ.

Et posez-vous une question simple, avant chaque grande itinérance : si un accident arrive au pire endroit, dans le froid, à la tombée de la nuit, est-ce que votre groupe sait quoi faire pendant deux heures sans paniquer ?

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