Ciel bleu, odeur de verveine sur la route, pare-brise lavé par la lumière rasante et playlists optimistes à fond : partir en mars, c’est tricher avec l’hiver. Pendant que la moitié de la France doute encore entre gants et tongs, certains filent déjà droit vers l’été, la vraie sensation d’air tiède. Du coup, où trouver la chaleur avant l’heure, en van aménagé ou en glamping ? Petit tour des spots clés où l’on saute un trimestre sur le calendrier.
À retenir
- Découvrez des plages et criques presque désertes pour un avant-goût d’été inédit.
- Explorez des destinations en Espagne et au Portugal où l’été s’invite dès mars.
- Vivez la liberté du road trip avec moins de monde et des paysages baignant déjà dans la lumière.
Méditerranée, l’antichambre de l’été
Le soleil se montre tôt, très tôt, sur la Côte d’Azur. Mars ici, c’est le secret jalousement gardé des initiés : plages quasi désertes à Hyères, lumière d’aquarelle sur les calanques. Un couple de trentenaires d’Aix, Laurène et Kévin, m’avouaient avoir fait leur premier bain de mer à Saint-Raphaël le 18 mars dernier. Trempette prudente, eau à 16 degrés, mais grand sourire. Prendre l’apéro pieds nus sur le port, manger des oranges locales plein panier… Tout ce qui relève habituellement de juin prend, ici, trois mois d’avance.
En roulant plus loin, direction les criques catalanes autour de Collioure. En mars, seule la tramontane s’invite parfois entre les rochers, mais le thermomètre grimpe déjà à 18°C en journée. S’arrêter chez un petit vigneron pour bivouaquer au milieu des vignes, fenêtre du van grande ouverte : c’est la version méditerranéenne du luxe.
Le Sud, c’est cette promesse que l’été finira toujours par arriver plus tôt que prévu. Même les paysages urbains changent de tonalité : à Marseille par exemple, le panier de fruits sur la table du petit-déj s’étoffe, abritant déjà fraises et premiers melons, pendant que Paris compte encore les semaines séparant le Métro du soleil.
Espagne, Portugal : mars estival à moins d’un plein
Frontières franchies, c’est tout un continent de micro-étés. Les voyageurs aguerris filent au Sud sans détour : première étape, Valence. Les fêtes des Fallas battent leur plein à la mi-mars : feux d’artifice nocturnes, rues bondées, températures flirtant avec les 22°C. Depuis leur van, certains prolongent la magie, posés sur les plages du Parc de l’Albufera, réveil face aux pins parasol et à l’odeur de riz déjà prêt pour la paella du midi.
Au Portugal, l’Algarve fait aussi figure de valeur sûre. Un camping glamping, à côté de Lagos, propose des tentes safari avec matelas king size, lampes à pétrole vintage et vue sur l’Atlantique. Martine, 47 ans, a troqué les hôtels pour ces bulles d’intimité, racontant ce sentiment rare d’être “hors-saison mais tellement à la bonne saison”. Sur le sentier des falaises, shorts et chapeaux reprennent leur droit, pendant qu’en Dordogne, on gratte encore le givre le matin.
Détail qui compte : la majorité des spots glamping et aires de van accueillent déjà les voyageurs dès le début mars en Espagne et au Portugal. Les prix, eux, restent en mode “inter-saison”, pas encore gonflés par la vague estivale. Une aubaine pour qui veut vivre l’été à tarif printanier.
La Corse, expérience sensorielle à contretemps
L’île offre elle aussi une parenthèse météorologique insolente. En mars, la Balagne déborde de fleurs et la route des douaniers, entre l’Ile Rousse et Calvi, ne voit passer que quelques cyclistes matinaux. Lors d’une nuit en glamping près de Lumio, j’ai assisté au lever de soleil sur la baie, la brume s’effilochant autour des oliviers. Sensation de tenir l’été dans la paume : on déguste déjà les premières cerises au marché, on entend les cigales s’essayer à quelques notes timides.
Pour les vadrouilleurs, la liberté est totale : routes dégagées, campings familiaux ouverts en avance, villages encore à l’heure d’hiver mais terrasses déjà baignées de lumière. Rouler au hasard, gêner à peine les vaches sur les chemins de montagne, improviser un bivouac près d’une cascade, ce goût du “presque” été s’éprouve avec un pas d’avance sur tout le monde.
Et si partir tôt changeait vraiment la donne ?
Ceux qui jouent la carte du printemps précoce retrouvent, presque par surprise, le vrai plaisir du road trip. Pas d’embouteillages plus longs que la grand’rue d’un village labellisé “hors-saison”, pas de voisins bruyants en glamping. Marcher sur le sable en T-shirt début mars, c’est aussi offrir à sa mémoire une piqûre de bonheur ineffaçable, sorte de réserve solaire pour les semaines à venir.
Le calendrier ne trompe pas : en 2025, la moitié sud de l’Europe a affiché plus de 200 heures d’ensoleillement dès mars, soit l’équivalent en lumière de tout un mois d’été breton. Certaines années, le Portugal et l’Andalousie voient même les piscines ouvrir pour Pâques, un privilège habituellement réservé à la fin avril. Les chiffres donnent le vertige à qui mise sur la chaleur en avance : c’est le moment où la saison touristique n’a pas encore commencé, mais l’été, si.
Là-bas, l’ambiance change tout. Les hôtes partagent sans forcer les bonnes adresses, les producteurs ouvrent leur cave à la visite improvisée. La chance d’être accueilli comme un confident, pas comme un client. Impossible à retrouver pendant la cohue de juillet, où le moindre recoin de crique fait la une des réseaux sociaux.
Et si le vrai luxe était justement de pouvoir raconter, une fois rentré, qu’on a bronzé “avant tout le monde” ? Que le goût de la saison tient parfois à une décision prise sur un coup de tête, à une météo consultée un vendredi matin. Derrière la course au soleil, il y a aussi cette envie de fausser compagnie à la monotonie du planning, de choisir ses souvenirs en marge du calendrier scolaire. De quoi se demander ce que l’on attend pour réserver, ou pour remplir le frigo du van.