Quand je vois les files interminables devant le Colisée romain ou les embouteillages de camping-cars à Venise, j’appuie sur l’accélérateur. mon van file droit vers des routes que peu connaissent. Après cinq années à sillonner l’Europe avec ma maison sur roues, j’ai appris une règle d’or : les plus belles découvertes naissent souvent de l’évitement des masses.
Le phénomène du surtourisme européen a atteint des niveaux critiques en 2026. La Grèce a accueilli 40,7 millions de touristes en 2024 (+12,8 % par rapport à 2023), tandis qu’entre janvier et novembre 2025, l’Espagne a frôlé 91,5 millions de visiteurs internationaux. Ces chiffres vertigineux se traduisent par une cascade de restrictions : la Grèce impose depuis juillet 2025 une taxe de 20 € par croisiériste à Santorin et Mykonos en haute saison, pendant qu’l’Islande innove avec une taxe kilométrique de 6,95 ISK par kilomètre (environ 0,05 €/km) sur tous les véhicules de location depuis le 1er janvier 2026.
Cette transformation radicale du paysage touristique européen pousse les voyageurs en van comme moi à repenser entièrement nos itinéraires. Là où jadis nous nous arrêtions spontanément, désormais au moins dix pays européens appliquent des mesures restrictives concrètes pour endiguer le surtourisme : taxes d’entrée, quotas stricts, réservations obligatoires. Face à ces contraintes, j’ai développé ma propre stratégie d’évitement, découvrant par la même occasion des trésors insoupçonnés.
Mes destinations alternatives pour fuir les foules
Pendant que les touristes se battent pour une photo devant la fontaine de Trevi, je pose mon van dans les destinations cachées en Europe, comme le Monténégro ou l’Albanie, qui offrent des alternatives à des prix attractifs sans les restrictions imposées par le surtourisme. L’Albanie, notamment, recèle des merveilles préservées : la Riviera albanaise, avec ses criques secrètes et ses eaux turquoise, et le parc national de Butrint, site UNESCO exceptionnel dans un cadre naturel luxuriant. Le bonus ? Le camping sauvage est toléré dans de nombreuses zones, offrant des expériences au plus près de la nature.
La Slovénie constitue une autre révélation. Ce petit pays niché entre l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et la Croatie offre une diversité de paysages remarquable, avec l’avantage de distances courtes permettant de voir beaucoup en peu de temps. Ljubljana, sa capitale au centre-ville entièrement piétonnier, respire un charme authentique loin de l’agitation des capitales européennes classiques.
Plus au nord, les pays européens plus frais comme la Finlande et la Norvège connaissent un afflux de voyageurs pendant les mois d’été, constituant une alternative potentielle à la Méditerranée alors que les températures européennes continuent d’atteindre des niveaux records. Ces régions offrent non seulement un répit climatique bienvenu, mais aussi des paysages grandioses encore préservés du tourisme de masse.
L’art du contournement en van
Traverser l’Europe en van en 2026 demande une approche tactique. Quand je vois les panneaux indiquant Rome, Florence ou Barcelone, je consulte ma liste d’alternatives préparée à l’avance. Cette méthode du « plan B permanent » s’avère redoutablement efficace. Lister deux alternatives proches par hotspot permet de pivoter sans perdre la journée si les quotas sont complets.
Ma stratégie temporelle s’adapte également aux nouvelles réalités. Les mois de juin à août, synonymes de haute saison, doivent être évités à tout prix. J’ai appris à privilégier les périodes creuses, souvent plus riches en découvertes authentiques. Le printemps tardif et l’automne précoce offrent des conditions idéales : moins de monde, des prix plus doux et souvent un climat encore clément.
L’évolution du secteur touristique valide cette approche alternative. Avec la montée de la culture « van life » sur les réseaux sociaux, de nombreux voyageurs optent pour le retour aux road trips, une tendance gagnant-gagnant pour les budgets serrés et ceux qui veulent explorer un pays sur une période étendue, offrant une liberté et une flexibilité impossibles en avion ou en transport public.
Routes secrètes et pépites cachées
Mes années de voyage en van m’ont appris que les plus beaux souvenirs naissent souvent des détours non planifiés. Pendant que les cars de touristes s’agglutinent sur la côte amalfitaine, j’explore les petits villages du Tyrol, les rives du Danube en Slovaquie ou les campagnes de Bohême en République tchèque qui offrent un été européen plus paisible, riche et inattendu.
Ces régions, encore à l’abri des grands flux, conjuguent accueil chaleureux, patrimoine vivant et nature préservée. L’Europe de l’Est révèle des trésors insoupçonnés : la Slovénie brille par sa diversité naturelle et ses efforts de régulation douce, tandis que la Lituanie ou la Lettonie offrent un été doux, urbain ou balnéaire, à l’écart du tumulte.
Pour les amateurs de routes spectaculaires loin des foules, la route D2564 qui grimpe à 550 mètres d’altitude, construite par Napoléon et utilisée dans le film d’Alfred Hitchcock « La Main au collet », offre des sensations fortes et des vues extraordinaires. Ces itinéraires alternatifs révèlent une Europe authentique, celle que les guides touristiques classiques négligent souvent.
Adapter son voyage à la nouvelle donne européenne
Le voyage en van européen de 2026 exige une préparation minutieuse. S’engager dans la planification et la réservation anticipée devient incontournable, le voyage devenant un exercice de planification minutieuse. Mais cette contrainte apparente cache une opportunité : celle de découvrir des destinations authentiques délaissées par le tourisme de masse.
L’émergence du slow travel – voyager en train, loger chez l’habitant, choisir la basse saison ou s’attarder dans une même ville pendant une semaine – réinvente la détente et devient une réponse écologique et sociale au surtourisme qui étouffe les grandes destinations. Cette philosophie s’accorde parfaitement avec l’esprit du voyage en van : prendre son temps, savourer l’imprévu, créer du lien avec les territoires traversés.
Finalement, les restrictions touristiques de 2026 m’ont offert le plus beau des cadeaux : la redécouverte d’une Europe authentique. Quand je traverse ces villes saturées sans m’arrêter, ce n’est pas par dédain, mais par envie d’autre chose. Mes alternatives secrètes m’ont appris qu’éviter les foules ne signifie pas renoncer à la beauté – bien au contraire. La beauté de l’Europe reste accessible, mais elle exige désormais une approche réfléchie, permettant d’apprécier pleinement ces destinations tout en respectant leurs richesses.