Se garer gratuitement à cinq kilomètres de la frontière luxembourgeoise, monter dans un bus qui ne coûte rien, puis enchaîner sur un réseau de trains, trams et bus intégralement gratuit jusqu’au cœur de Luxembourg-Ville : ce trajet existe bel et bien, et il porte un nom, le parking relais de Roussy-le-Village. Fini donc la chasse aux places payantes du centre-ville ou les tarifs à la journée des parkings souterrains de la capitale grand-ducale.
À retenir
- Un parking français à 5 km de la frontière devrait disparaître sous peu, mais ses équipements restent méconnus
- Le Luxembourg applique une gratuité totale des transports depuis 2020, mais comment en profiter vraiment depuis l’étranger ?
- Une première européenne s’étend discrètement à toute la frontière luxembourgeoise
Un parking à cinq kilomètres de la frontière, un bus gratuit jusqu’à Kirchberg
Le principe tient en une phrase : on gare sa voiture côté français, on grimpe dans le bus, et on ne débourse rien jusqu’au quartier d’affaires de Kirchberg. La ligne 502 entre Luxembourg-Kirchberg et Yutz reste gratuite jusqu’au P+R de Roussy-le-Village, qui propose 253 emplacements gratuits à 5 km de la frontière luxembourgeoise, sur l’axe reliant Frisange à Hettange-Grande. Ce parking n’a rien d’improvisé : implanté sur la commune de Roussy-le-Village, il est situé sur l’un des axes principaux vers le Luxembourg, la route départementale 653, qui voit plus de 8000 véhicules l’emprunter chaque jour, à seulement 5 kilomètres de la frontière. De quoi absorber une partie non négligeable du trafic pendulaire qui engorge chaque matin les accès à la capitale.
Côté équipements, on est loin du simple bout de terre stabilisée. Cette infrastructure offre 253 places de parking, dont 5 destinées aux personnes à mobilité réduite, avec une possibilité d’extension, et elle est équipée de bornes de recharge pour véhicules électriques ainsi que d’un espace fermé pour le stationnement des vélos. La gratuité du trajet en bus n’est pas un simple geste commercial : le ministère de la Mobilité et des Travaux publics, en collaboration avec la Communauté de communes de Cattenom et environs, a élaboré un projet pilote permettant aux travailleurs frontaliers de voyager gratuitement entre ce parking et le Luxembourg. Un accord signé pour tester grandeur nature une hypothèse simple : moins on paie pour venir travailler, plus on délaisse la voiture individuelle.
Le Luxembourg, seul pays au monde à avoir rendu ses transports totalement gratuits
Ce qui rend l’opération vraiment intéressante, c’est ce qui se passe une fois la frontière franchie. Le Luxembourg est le premier pays au monde à avoir instauré la gratuité totale des transports publics sur l’ensemble de son territoire. Depuis le 1er mars 2020, plus besoin de sortir sa carte bancaire pour prendre un train, un tram ou un bus en seconde classe, où que l’on aille dans le Grand-Duché. Cinq ans après, le bilan tient toujours la route : le Grand-Duché de Luxembourg a fêté les 5 ans de la gratuité de ses transports avec un bilan plus que positif, notamment portée par l’extension récente du tram jusqu’à l’aéroport de Findel.
Il y a toutefois un piège classique que connaissent bien les frontaliers : la gratuité s’arrête net à la ligne de démarcation. C’est gratuit à l’intérieur du Luxembourg depuis le 1er mars 2020, mais la gratuité s’arrête à la frontière : un billet ou un abonnement transfrontalier est nécessaire pour la portion entre la Lorraine et le Grand-Duché. C’est précisément ce que contourne le dispositif de Roussy-le-Village : en prenant le bus directement depuis le parking frontalier plutôt que depuis une gare plus éloignée, on évite entièrement la portion payante côté français. Le trajet devient gratuit de bout en bout, du parking jusqu’au bureau ou jusqu’à la place Guillaume II.
Un modèle qui essaime tout le long de la frontière
Roussy-le-Village n’est pas un cas isolé. Le Luxembourg a construit, avec ses trois voisins, tout un réseau de parkings relais dont l’accès est offert en échange d’un report modal massif vers le rail. Côté belge, l’accord est ancien mais toujours en vigueur : à la suite d’un accord trouvé en 2017 avec l’État belge, en contrepartie de la gratuité des P+R près des gares d’Arlon, d’Aubange, de Gouvy, de Habay, de Halanzy, de Libramont, de Marbehan, de Neufchâteau, de Stockem, de Trois-Ponts, de Vielsalm et de Virton, l’État luxembourgeois finance une réduction substantielle du prix des abonnements de train pour les navetteurs. Une douzaine de communes belges profitent donc du même deal gagnant-gagnant : parking offert contre billet de train moins cher.
Le réseau continue de s’étoffer des deux côtés de la frontière. Des concertations bilatérales avec les autorités des pays voisins ont abouti à des capacités supplémentaires en places de P+R dans les régions transfrontalières, avec des projets tels que le nouveau P+R de Stockem, le nouveau P+R à Roussy-le-Village et l’extension à Longwy qui agrandiront l’offre en Belgique et en France. Même logique côté allemand, où l’arrivée d’une nouvelle infrastructure ferroviaire s’accompagne d’un effort équivalent : la mise en service de la nouvelle liaison ferroviaire “Weststrecke Trier” ira de pair avec la mise à disposition d’emplacements P+R supplémentaires à Ehrang, à Trier-West et à Euren.
Pour ceux qui préfèrent le train au bus, l’application maison des chemins de fer luxembourgeois propose un mécanisme comparable sur d’autres parkings du réseau. Le parking est gratuit 24 heures si l’on combine l’utilisation d’un P+R avec un déplacement en train, bus ou par un moyen de mobilité active, aux P+R de Rodange, Mersch, Belval-Université, Troisvierges et Héienhaff. De quoi laisser sa voiture toute une journée sans craindre l’amende, à condition évidemment de terminer le trajet en transport en commun.
Reste un détail à connaître avant de tenter l’expérience cet été : des travaux sur l’axe Metz-Thionville-Luxembourg perturbent la circulation ferroviaire jusqu’à la mi-août 2026, avec des bus de remplacement mis en place entre Bettembourg et la capitale. Pour les habitués du P+R de Roussy-le-Village, aucun souci, la ligne 502 n’emprunte pas ce tronçon. Mais ceux qui comptaient sur le train directement depuis la Moselle auront tout intérêt à vérifier les horaires du jour avant de partir, quitte à basculer, eux aussi, vers un parking frontalier gratuit plutôt que vers une gare surchargée.
Sources : gouvernement.lu | frontaliers-grandest.eu