Deux villes espagnoles inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, perchées sur des falaises, traversées par des rivières encaissées, célèbres pour leurs maisons accrochées au vide. La première, tout le monde la connaît : c’est Tolède. La seconde, beaucoup moins visitée par les Français, s’appelle Cuenca. Et depuis que j’y ai garé le van par hasard, un simple détour sur la route entre Madrid et la côte méditerranéenne, je ne fais plus jamais l’impasse pour filer directement vers Tolède.
À retenir
- Deux villes UNESCO presque identiques : laquelle cache le plus de secrets ?
- Comment une pause imprévue en van a changé ma vision de la Castille
- Pourquoi les formations rocheuses autour de cette ville n’ont aucun équivalent en Espagne
Une ville-forteresse qui joue avec le vide
Cuenca ne ressemble à rien d’autre en Castille. La vieille ville s’est construite sur un plateau rocheux étroit, coincé entre deux gorges creusées par les rivières Júcar et Huécar. Son centre ancien, construit au sommet de hautes parois rocheuses coincées entre les deux rivières Huécar et Júcar, domine majestueusement de superbes paysages. Résultat : des façades qui semblent flotter au-dessus du vide, des balcons en surplomb qui donnent le vertige rien qu’à les regarder depuis le fond de la vallée.
Les fameuses casas colgadas, les maisons suspendues, en sont l’emblème absolu. Conquise par les Castillans au XIIe siècle, elle devint une ville royale et épiscopale aux nombreux édifices de grande valeur, comme la première cathédrale gothique d’Espagne et les fameuses casas colgadas agrippées aux falaises escarpées surplombant le Huécar. Ces bâtisses du XIVe siècle abritaient autrefois la mairie ; aujourd’hui, l’une d’elles loge un musée d’art abstrait qui vaut le détour, ne serait-ce que pour le contraste entre les toiles contemporaines et l’architecture médiévale qui menace de basculer dans le ravin. L’ensemble a logiquement été classé par l’UNESCO, au même titre que Tolède, pour la même raison : une ville fortifiée médiévale conservée quasiment intacte.
Le même prestige que Tolède, sans la cohue
Voilà le vrai argument. Tolède, un samedi d’été, ressemble parfois davantage à un centre commercial médiéval qu’à une cité historique : cars entiers de touristes, files d’attente devant la cathédrale, ruelles saturées dès 11 heures. Cuenca joue dans une autre catégorie de fréquentation, avec un charme comparable et une capacité d’accueil qui reste humaine. Capitale de province de plus de 55 000 habitants, Cuenca a été, comme Tolède, classée au patrimoine mondial par l’Unesco. Même prestige, deux fois moins de monde sur les remparts.
Pour un road trip en van, la question du stationnement pèse souvent lourd dans le choix d’une étape. Là encore, Cuenca a un avantage sur Tolède, où il faut jouer des coudes autour des murailles pour dénicher une place. Plusieurs guides spécialisés dans le voyage en camping-car recommandent d’ailleurs explicitement la ville, avec des indications précises sur où se garer et passer la nuit à proximité de la vieille ville. La position géographique aide aussi : enclavée entre deux ravins, sur un plateau rocheux à 170 kilomètres de Madrid, se trouve la charmante ville de Cuenca. Un détour parfaitement raisonnable depuis la capitale, ou une étape naturelle sur la route vers Valence et la Méditerranée.
Ce qui se cache autour, et qu’on ne trouve pas à Tolède
La ville seule justifierait déjà l’arrêt. Mais c’est son arrière-pays qui fait pencher la balance définitivement. À une demi-heure de route au nord se trouve la Ciudad Encantada, littéralement la « ville enchantée » : la Ciudad Encantada, ville enchantée, se trouve à proximité de Cuenca, à 1400 mètres d’altitude, et abrite des formations rocheuses de type karstique aux apparences incroyables, dont la plus emblématique fait penser à une tornade. Un site géologique sculpté par l’érosion sur des millénaires, accessible en voiture ou en van, et qui n’a strictement aucun équivalent dans les environs immédiats de Tolède.
Côté gastronomie aussi, Cuenca cultive sa différence. La ville est réputée pour ses spécialités culinaires, dont le morteruelo (pâté chaud), l’ajoarriero (ragoût de morue), ou l’alajú (crêpe au miel), que l’on peut déguster dans de nombreux cafés-restaurants, dont certains bénéficient de terrasses panoramiques. Difficile de trouver meilleur poste d’observation pour dîner que ces terrasses suspendues au-dessus des gorges, avec la lumière du soir qui rase les falaises. J’y ai passé une soirée entière à ne rien faire d’autre que regarder les hirondelles tourner autour des maisons colgadas. Aucun regret.
Le parc naturel de la Serranía de Cuenca, juste à côté, complète le tableau pour les amateurs de randonnée et de nature brute. On peut enchaîner une matinée dans les ruelles médiévales et un après-midi en forêt, sans reprendre l’autoroute. À Tolède, la ville se suffit à elle-même, mais elle s’arrête là : pas de parc naturel à portée de van, pas de formations rocheuses spectaculaires à visiter dans la foulée.
Un détour qui mérite plus qu’une nuit
Le piège classique, c’est de traiter Cuenca comme une simple étape de transit, une pause déjeuner entre deux destinations plus « connues ». Grave erreur. La ville mérite au minimum deux jours pleins : un pour la vieille ville et le musée d’art abstrait, un second pour la Ciudad Encantada et les gorges alentour. Et pour les curieux, un détail amusant : Cuenca s’est portée candidate au titre de capitale culturelle européenne pour 2016, preuve que son patrimoine dépasse largement le simple statut de curiosité géologique. La prochaine fois que le GPS proposera un crochet par Tolède sur la route de Madrid vers l’est, un simple coup d’œil à la carte suffira pour repérer, un peu plus loin, ce plateau rocheux suspendu entre deux rivières qui mérite bien davantage qu’un arrêt photo.
Sources : club-des-voyages.com | prochainsdetours.fr