D’abord, l’aveu. Qui n’a jamais roulé des yeux devant ces promeneurs armés d’un bâton télescopique, comme s’ils s’apprêtaient à ouvrir la route vers l’Everest ? J’étais de ceux-là. Le bâton de marche, gadget pour touristes ? Pensais-je. Jusqu’à une randonnée fatale dans les Pyrénées, été 2025, et cette longue descente sur sol friable. Résultat ? Deux genoux qui crient grâce à chaque pas. Trois kilomètres ont suffi à faire changer d’avis la plus sceptique des gambettes.
À retenir
- Pourquoi la descente use plus que la montée en randonnée.
- Le rôle insoupçonné du bâton pour alléger les genoux.
- Comment un accessoire moqué est devenu indispensable.
La descente, point faible du randonneur
Le balisage annonçait 1 200 mètres de dénivelé négatif. J’ai attaqué confiante, persuadée que la montée serait l’ennemie du jour. Surprise : ce n’est pas la pente ascendante qui use les articulations, mais la descente qui les broie lentement. À chaque pas, le poids du corps s’amplifie. Comptez presque deux fois votre poids sur chaque genou lors d’un appui mal assuré – soit, pour beaucoup, l’équivalent d’une valise de 25 kilos plaquée à chaque foulée.
Pourquoi la descente est-elle l’exercice le plus redouté des marcheurs ? L’impact répété malmène cartilages et ménisques, surtout quand le terrain glisse. Pas besoin d’être un ultra-trailer pour se retrouver, le soir venu, à grimacer en descendant du van. Cette gêne, parfois, s’installe bien plus longtemps – jusqu’à remettre en question le plaisir de partir randonner, ou pire, de conduire jusqu’au prochain bivouac.
Le bâton de marche, nouvel allié, ou compagnon d’infortune ?
Sur le papier, l’accessoire fait sourire : on visualise les anciens ou les néophytes inquiets. La réalité, elle, se découvre en quelques descentes caillouteuses. L’instant où l’on plante le bâton pour soulager un appui, éviter cette glissade fatale, ou quand la fatigue rend les jambes molles. Soudain, le ridicule s’éclipse ; place au soulagement.
À la question : “En quoi ce tube d’alu, ou de carbone pour les comptes plus costauds, change-t-il la donne ?” la réponse s’écrit souvent en gestes minuscules. Planter le bâton pour contrôler la vitesse. Transférer une partie du poids sur les bras quand les jambes flanchent. Maintenir l’équilibre sur terrain instable, racines, pierres ou névés tardifs. Le secret n’est pas dans la technologie, mais dans la capacité du bâton à préserver le capital physique qui, passé 30 ans, n’est plus tout à fait un acquis.
Sur les forums outdoor, un chiffre circule : le recours à deux bâtons permettrait de réduire d’environ 20 % la charge sur les articulations, notamment sur les genoux. Cette réduction, c’est l’écart entre finir la journée fourbu mais prêt à enchaîner, ou rentrer claudiquant vers le camping-car, rêvant d’un coussin chauffant. Les adeptes du camping haut de gamme n’hésitent plus à glisser leurs bâtons dans un rangement du van, au même titre que la douche solaire ou le siège pliant.
La résistance culturelle : pourquoi tant de freins ?
Un réflexe, presque une fierté mal placée, pousse beaucoup d’amateurs à refuser cet accessoire. “Pas pour moi, ça fait vieux”, lancera Paul, 33 ans, dont le genou a déjà flirté avec l’IRM à force de descentes dans le Mercantour. Une amie, ostéopathe, confiait récemment que la majorité de ses patients souffrant du genou en randonnée n’utilisent jamais d’appui. Risque inutile.
C’est souvent lors du premier long trip en van, loin de tout, que surgit la prise de conscience. La douleur surgit non pas dans la grande traversée, mais le lendemain, lors du coffee break improvisé, quand il faut simplement plier la jambe pour s’asseoir dans la cabine. L’anecdote du “bâton de marche piqué à son père pour la semaine” revient alors fréquemment dans les récits de retour. Beaucoup prennent goût à l’usage, puis cèdent à la tentation d’opter pour un modèle plus technique, alors qu’il y a un an, “c’était hors de question”.
Bien choisir, bien utiliser
Le débat ne se limite plus à “avec ou sans bâton”. Encore faut-il éviter les pièges classiques : longueur mal réglée, pointe inadaptée, boucle jamais serrée et risque inutile de chute. Les modèles ultralégers en carbone ont gagné le cœur de nombreux voyageurs, car ils n’encombrent ni le sac ni le parcours, mais coûtent aussi une somme à faire pâlir la carte bleue. L’aluminium, solide, fait le bonheur des novices ou des familles, pour un budget équivalent à un repas pour deux sur l’aire d’autoroute. La pointe tungstène, elle, évitera d’abîmer les chemins fragiles comme ceux du Vercors.
Le réglage ? Trop bas, vous forcez le poignet, trop haut vous perdez en efficacité. L’idéal : l’avant-bras à l’horizontale lorsque le bâton touche le sol, pour optimiser transfert de poids et stabilité. Sur terrain très escarpé, réduire la taille en descente permet de garder l’équilibre, tandis qu’en montée, rallonger l’appui soulage le souffle. Astuce de pro : penser à déployer les deux simultanément, pas question de n’utiliser qu’un seul côté, au risque de déséquilibrer muscles et articulations.
D’un accessoire méprisé à une évidence
L’histoire se répète toujours de la même façon : le bâton s’impose quand le genou fatigue, jamais avant. Pour les adeptes du van, l’accessoire finit par trouver sa place à côté de la bouteille isotherme et du guide des spots sauvages, modeste et discret, mais salvateur dès le premier sentier un peu abrupt. Le paradoxe ? Ce qui apparaissait comme un aveu de faiblesse devient la clé pour profiter plus longtemps de l’itinérance, de la nature, de l’aventure avec un grand A.
On peut continuer à penser que “ce n’est pas très sexy”. On peut aussi s’interroger sur d’autres accessoires jugés superflus, mais dont on découvre l’utilité le jour où le corps dit stop. La prochaine question ? Peut-être à propos de ces gants fins ou de la fameuse genouillère. L’expérience n’épargne personne, et les certitudes, en randonnée comme sur la route, s’effritent toujours à la première descente un peu raide.