Un touriste sur cinq à Split ignore encore la règle : sortir de l’eau, enfiler ses tongs et remonter les ruelles de marbre du Palais de Dioclétien en maillot ou torse nu peut coûter jusqu’à 150 €. Ce n’est pas une rumeur de forum de voyage, c’est un règlement communal en vigueur depuis le 1er janvier 2023, toujours appliqué cet été 2026, et qui vise précisément le cœur historique de la ville croate.
À retenir
- Pourquoi une ville historique croate sanctionne-t-elle les maillots de bain en centre-ville ?
- Comment Split a doublé ses sanctions entre 2023 et 2025, et qui paie réellement le prix
- Vous croyez que c’est juste une question de tenue ? Découvrez ce que les autorités veulent vraiment protéger
Une zone précise, un texte sans ambiguïté
Le texte municipal ne laisse pas de place à l’interprétation. « Dans la zone A (centre historico-culturel), il est interdit d’être en maillot de bain, en sous-vêtements ou nu dans un espace public », précise la décision votée par le conseil municipal. Cette zone A, c’est justement le vieux Split : le palais romain, les ruelles pavées autour de la cathédrale, la Riva et ses terrasses. Trois rues plus loin, direction la plage de Bačvice ou le port, la tolérance redevient normale. Mais entre les deux, aucune marge d’erreur n’est prévue par les textes.
La même amende de 150 € s’applique à la consommation d’alcool en public, ce qui donne une addition redoutable pour qui cumulerait les deux infractions. Une infraction pour port du maillot de bain associée à la consommation d’alcool en public peut ainsi atteindre 300 € pour un même passant. D’autres comportements sont sanctionnés plus lourdement encore : grimper sur un monument, se baigner dans une fontaine ou proposer des services de taxi sans autorisation exposent à des amendes pouvant grimper jusqu’à 300 €, voire davantage en cas de trouble à l’ordre public.
Des agents municipaux dans les ruelles, pas seulement des panneaux
Split n’a pas seulement affiché des pancartes dissuasives. Dès l’entrée en vigueur du texte, les habitants de Split et leurs visiteurs sont surveillés dans les rues par 21 agents communaux, avec 12 autres postés dans les bâtiments de l’administration municipale. Ce dispositif humain change la donne par rapport à d’autres villes qui se contentent d’une signalétique. Ici, le contrôle est actif, pas symbolique.
La municipalité a d’ailleurs justifié cette fermeté par l’ampleur du phénomène touristique. Avec plus d’un million de visiteurs de croisière en 2024, soit une hausse de 20 % par rapport à l’année précédente, les autorités ont voulu protéger l’intégrité culturelle de Split en s’assurant que les touristes s’habillent correctement une fois éloignés de la plage. La ville absorbe des flux considérables sur une saison courte, et le vieux centre, classé à l’UNESCO, en paie le prix visuel et sonore.
Depuis, le dispositif s’est même durci. L’ordonnance de 2025 a relevé les sanctions d’environ 25 %, permis aux agents de délivrer des amendes en anglais, et affecté les recettes au nettoyage des rues. Une manière de boucler la boucle : ceux qui dégradent l’espace public en financent, indirectement, l’entretien.
Split n’invente rien, elle suit Dubrovnik
L’idée n’est pas née à Split. Cette mesure s’inscrit dans la continuité d’une politique similaire adoptée à Dubrovnik, le port de croisière le plus fréquenté de Croatie, qui a instauré des amendes pour les visiteurs en tenue de bain dès 2020. Cinq ans plus tard, la règle est toujours active sur la côte adriatique : dans la ville très touristique de Dubrovnik, porter une tenue de plage en centre-ville expose à une amende de 150 euros.
Le phénomène a depuis largement dépassé les frontières croates. En Italie, la commune de Sorrente, près de Naples, a opté pour la dissuasion maximale : se promener en maillot de bain ou torse nu peut engendrer une amende pouvant aller jusqu’à 500 euros. Sur les bords du lac de Côme, le village de Varenna a suivi le mouvement cet été avec des sanctions plus mesurées, des amendes pouvant aller de 50 à 200 euros pour les personnes qui se promènent torse nu ou en maillot de bain. Même Barcelone s’y met : la ville prévoit des amendes allant jusqu’à 300 euros pour des tenues de plage portées en ville. Un même réflexe, une même logique : protéger un patrimoine bâti que des millions de visiteurs traversent chaque été en tenue de piscine.
Ce que ça implique concrètement pour un séjour à Split
La vigilance ne se limite plus au maillot. Selon le bilan le plus à jour de la réglementation locale, le fait de marcher en maillot, torse nu ou en sous-vêtements hors des zones de plage entraîne des amendes allant de 150 à 700 euros, la fourchette dépendant de la récidive et de la gravité perçue par l’agent. Le conseil pratique, presque trivial mais souvent oublié dans la valise : garder un vêtement léger par-dessus le maillot et se changer avant de quitter la zone de plage.
Le règlement va au-delà du simple code vestimentaire. La consommation d’alcool est interdite dans la zone A, le vieux centre entouré des anciens remparts baroques, ainsi qu’à proximité des écoles, avec des amendes allant de 300 à 700 euros. Et depuis peu, une nouvelle contrainte horaire s’ajoute pour les noctambules : à partir de septembre 2026, l’achat d’alcool en magasin après 20 heures est interdit, sans que les bars et restaurants soient concernés.
Reste une question que peu de guides touristiques posent franchement : est-ce vraiment le maillot qui dérange les riverains, ou le comportement qui l’accompagne, croisières géantes, groupes bruyants, alcool à la main dès 10 heures du matin ? À Split, la sanction cible le tissu. Mais le vrai sujet, sous-jacent depuis 2023, reste la capacité d’une vieille ville de pierre à absorber des flux qui ont augmenté d’un cinquième en une seule année.