Quatre cent trente couronnes norvégiennes. Voilà ce que j’ai déboursé pour embarquer sur un élégant catamaran électrique au départ d’Aker Brygge, casque audio vissé sur les oreilles, pour une heure et demie de navigation commentée dans le fjord d’Oslo. Le soleil tapait, les eaux étaient calmes, l’expérience agréable. Puis, en jetant un œil au ponton voisin, j’ai vu des Norvégiens en tongs et sac à dos monter sur un petit bateau bleu et blanc, sans hôtesse, sans audioguide, juste un ticket de bus scanné à l’entrée. Direction : les mêmes îles que moi.
À retenir
- Les ferries intérieurs du fjord d’Oslo sont intégrés au réseau de transport public ordinaire
- Un pass journalier Ruter coûte dix fois moins cher qu’une croisière touristique pour le même trajet
- La vraie liberté : descendre, remonter, explorer sans horaire fixe ni supplément tarifaire
Le secret le mieux gardé du fjord : un ferry qui est aussi un bus
Ce que j’ignorais avant de poser le pied à Oslo, c’est que la capitale norvégienne a intégré ses liaisons maritimes vers les îles intérieures du fjord dans son réseau de transport public classique, celui-là même qui fait rouler bus, trams et métro. Les ferries offrent des lignes régulières entre le centre et les îles du fjord d’Oslo, et les billets ordinaires de Ruter peuvent être utilisés, avec des traversées régulières jusqu’aux îles de l’intérieur du fjord d’Oslo depuis Rådhusbrygge. La compagnie Ruter, opérateur public d’Oslo, transporte les habitants vers des îles paradisiaques avec le même sésame que celui qui sert à rejoindre le bureau.
Ces lignes ont même des petits noms, comme des numéros de bus classiques. En 2026, trois lignes desservent ces îles : la B1 toute l’année sur un circuit vers Hovedøya, Lindøya, Gressholmen, Bleikøya et Nakholmen ; la B1X en été en liaison directe vers Hovedøya ; et la B2 en été vers Langøyene, où le camping sous tente est gratuit jusqu’à deux nuits consécutives. De quoi transformer une simple envie de balade en mini-expédition insulaire, sac de couchage compris.
Le même trajet, dix fois moins cher
Sur mon ticket de croisière, il n’y avait aucune ambiguïté : sightseeing haut de gamme, commentaire audio en treize langues, bar à bord. Sur le trajet des habitants, la logique est radicalement différente. Le trajet coûte le même prix qu’un bus pour Grünerløkka, et un pass journalier Ruter classique donne un accès illimité à tous les bus, trams, métros et ferries de la zone 1 pendant 24 heures, îles comprises. Ce pass journalier tourne autour de 130 à 140 couronnes selon les sources récentes, soit à peine plus cher qu’un seul aller simple sur mon catamaran.
Un blog spécialisé dans l’exploration d’Oslo confirme l’écart : un billet de transport public valable une journée coûte environ 132 couronnes (environ 12,50 dollars) et couvre tous les trajets en ferry ainsi que les transports urbains. Pour ce prix-là, on ne fait pas qu’une île. On les enchaîne, on descend, on remonte, on recommence, jusqu’à la dernière rotation du soir. Pendant ce temps, une croisière touristique classique dans le fjord facture entre 430 et 490 couronnes pour une sortie unique de une à deux heures, sans arrêt possible.
Ce que l’un offre, que l’autre n’a pas
Il serait malhonnête de prétendre que les deux expériences se valent en tout point. Le ferry Ruter, c’est un pont nu, pas de guide, pas de chauffage particulier, et une ambiance résolument pendulaire. Comparé à cela, le ferry public Ruter fait la même boucle des îles pour le prix d’un ticket de transport mais sans commentaire, sans cabine chauffée et avec des ponts de banlieusards bondés. Sur mon catamaran silencieux, il y avait des sièges confortables, une narration soignée sur l’histoire des îles, un service à bord.
Mais sur le plan pratique, difficile de rivaliser avec la liberté qu’offre le ticket public. Un utilisateur de forum de voyage le résume bien : le bateau des îles (B1 et B2), inclus à la fois dans le pass transport et l’Oslo Pass, offre un bien meilleur point de vue touristique que le bateau vers Bygdøy, avec la possibilité de faire escale sur Hovedøya pour voir des ruines de monastère. le tarif le plus économique donne accès au meilleur point de vue naturel, pas au moins bon. C’est suffisamment rare pour être signalé.
L’autre atout, c’est la liberté d’itinéraire. On embarque, on débarque, on nage, on pique-nique, on reprend le bateau suivant deux heures plus tard sans repayer un centime. La recommandation honnête reste de prendre d’abord le ferry public : explorer Hovedøya, se baigner à Langøyene, s’arrêter à Gressholmen Kro, pour voir ce que les îles intérieures offrent avec un simple ticket de transport. Aucune croisière commentée ne propose ce niveau de flexibilité, pour la bonne raison que son modèle économique repose justement sur un horaire fixe et un aller-retour verrouillé.
Un détail à connaître avant d’embarquer
Un piège attend cependant les voyageurs pressés : sur les îles elles-mêmes, il n’existe pas de borne pour acheter un titre de transport. Il n’y a pas de distributeurs automatiques de billets dans les îles, il faut donc acheter son billet à l’avance. L’application Ruter, téléchargeable gratuitement, permet de régler ce problème en quelques secondes avant de monter à bord, zone 1 suffisant pour couvrir l’ensemble du réseau insulaire.
Pour les amateurs de bivouac léger qui sillonnent la Norvège en van, l’île de Langøyene mérite une mention à part : seule Langøyene autorise le camping sauvage, toutes les autres îles interdisant le camping de nuit. De quoi troquer, l’espace d’une nuit, le confort du van contre une tente plantée face au fjord, pour le prix d’un ticket de bus. La prochaine fois que je planifierai une sortie sur l’eau à Oslo, je saurai regarder d’abord vers le ponton des habitants avant celui des touristes.
Sources : oslocard.net | nlsnorwayrelocation.no