Impossible de boucler le tour du Pilatus comme d’habitude cet automne et cet hiver : le train à crémaillère qui grimpe la face la plus raide du massif, avec ses fameux 48 % de pente, s’arrête chaque année pendant plusieurs mois et ne reprendra du service qu’au printemps prochain. Pour les amateurs de la “Rundfahrt” au départ de Lucerne, ce coup d’arrêt saisonnier change complètement la façon d’attaquer la montagne.
À retenir
- Pourquoi la pente la plus raide de Suisse ferme-t-elle chaque automne ?
- Deux des trois transports de la boucle dorée disparaissent au même moment
- Un itinéraire secret existe pour contourner la fermeture hivernale
Une fenêtre d’exploitation étonnamment courte
On imagine souvent les remontées mécaniques suisses ouvertes toute l’année. Ce n’est pas le cas du Pilatus. Le train à crémaillère entre Alpnachstad et Pilatus Kulm est en service du 11 mai 2026 au 29 novembre 2026. Fait le calcul : sur douze mois, la ligne ne tourne que sept mois environ. Le reste du temps, la pente record reste figée, rails recouverts de neige et wagons au dépôt.
Ce n’est pas un hasard ni un incident technique. La voie grimpe à un dénivelé extrême sur une portion étroite et exposée, incompatible avec la neige et le verglas hivernaux. Ajoutez à cela une fenêtre de révision technique au printemps : le funiculaire panoramique et le télécabine “Dragon Ride” côté Kriens restent eux aussi arrêtés les 30 et 31 mars 2026, puis du 19 octobre au 27 novembre 2026. Deux installations différentes, deux calendriers de maintenance qui se chevauchent partiellement à l’automne.
Le bateau aussi déserte le lac
La boucle classique au départ de Lucerne ne repose pas seulement sur le train. Elle commence en général par une traversée du lac des Quatre-Cantons jusqu’à Alpnachstad. Or ce service navigue lui aussi de façon saisonnière : le service de bateau Lucerne–Alpnachstad–Lucerne est suspendu du 20 octobre 2025 au 10 mai 2026, avant de reprendre pour l’été. Et la parenthèse ne dure pas longtemps : le service de bateau Lucerne–Alpnachstad–Lucerne est de nouveau suspendu à partir du 19 octobre 2026.
Concrètement, entre la mi-octobre et la mi-mai, deux des trois maillons de la fameuse “Rundfahrt” (bateau, crémaillère, télécabines) sont indisponibles au même moment. Reste un seul accès valide au sommet pendant cette période creuse : celui qui passe par Kriens, versant nord.
Comment le circuit se joue autrement
Pas de panique pour autant, le Pilatus lui-même n’est pas fermé. Seul l’accès historique côté Alpnachstad l’est. Depuis Kriens, aux portes de Lucerne, la télécabine panoramique puis le “Dragon Ride” continuent de fonctionner l’essentiel de l’année, hors les deux fenêtres de révision citées plus haut. En pratique, la boucle “dorée” qui associe bateau, crémaillère et téléphérique se transforme, hors saison, en un aller-retour simple par Kriens, ou en une excursion mixte train-bus jusqu’à Alpnachstad pour ceux qui veulent malgré tout longer le lac sans navigation.
Ce basculement d’itinéraire n’est pas propre à cette année : c’est le rythme habituel de la montagne depuis toujours, mais il surprend régulièrement les visiteurs qui planifient leur road trip suisse en pensant que tout fonctionne en continu. Réserver sa place est d’ailleurs devenu un réflexe conseillé par l’exploitant dès que la crémaillère rouvre au printemps, tant l’affluence peut grimper vite sur les rotations estivales.
Un chantier de fond derrière la fermeture
La pause automnale et hivernale ne sert pas qu’à déneiger les rails. Elle a aussi servi de fenêtre à une modernisation d’ampleur de la ligne, lancée pour ses 125 ans. Environ 55 millions de francs suisses ont été investis dans huit nouvelles voitures voyageurs, une voiture de marchandises et plusieurs améliorations structurelles comme la construction de nouveaux quais à Alpnachstad et la modernisation de la gare intermédiaire. Les anciennes rames, elles, commençaient à montrer leur âge : les dix voitures qui circulaient jusque-là entre Alpnachstad et Pilatus Kulm dataient des années 1930 et 1960, et leurs pièces détachées n’étaient plus disponibles.
La prouesse technique reste, elle, inchangée depuis 1889. Le système à deux roues dentées tournant horizontalement, présenté à l’Exposition universelle de Paris en 1889, permet de maîtriser en toute sécurité les pentes extrêmes. La traction fut longtemps assurée à la vapeur, avant que la ligne ne soit convertie aux automotrices électriques en 1937, ce qui a nettement amélioré son efficacité. Un exploit d’ingénierie qui tient toujours la comparaison, plus d’un siècle après son inauguration.
Le détail qui change tout pour qui prépare un road trip vers le lac des Quatre-Cantons : le sommet du Pilatus, lui, reste accessible presque toute l’année par le versant de Kriens, neige ou pas. La pente à 48 % fait relâche, mais la montagne, elle, ne ferme jamais vraiment.
Sources : bus-tram-geneve.ch | swissactivities.com