Le Portugal était le rêve de toute une génération de van-lifers et de retraités itinérants. Puis la réalité a rattrapé le rêve. Depuis 2025, la Galice s’impose comme la nouvelle boussole des nomades de la péninsule ibérique — ceux qui avaient fait leurs armes sur les côtes de l’Algarve, entre Sagres et Tavira, et qui cherchent aujourd’hui autre chose. Pas l’exotisme du début du monde. Juste un endroit où poser son van sans en faire tout un drame administratif, et où l’assiette de poulpe ne coûte pas le prix d’un plein de diesel.
À retenir
- Le Portugal applique désormais des amendes sévères au camping sauvage, transformant l’Algarve en zone interdite
- La Galice offre 1 500 km de côte atlantique quasi vierges, avec des spots de stationnement infiniment plus flexibles
- Un budget quotidien de 50-80 euros et un poulpe frais à chaque coin de route : la Galice redéfinit le nomadisme côtier
Le Portugal, victime de son propre succès
Le phénomène tient en quelques chiffres. L’Europe a atteint un point de rupture en matière de surtourisme en 2025, poussant le Portugal, la Grèce, l’Italie, la Croatie et d’autres pays à imposer amendes, taxes touristiques et restrictions sur les croisières. Pour les vanlifers, la situation est encore plus concrète : le camping sauvage reste fortement réglementé au Portugal, notamment dans les régions touristiques et les espaces naturels. Il est interdit d’installer du mobilier extérieur, des tables, des chaises ou un auvent. Et les sanctions ne sont pas symboliques : un stationnement illégal ou assimilé à du camping sauvage peut entraîner une amende allant généralement de 60 à 300 euros, et les infractions commises dans des zones protégées peuvent être sanctionnées jusqu’à 600 euros ou davantage.
L’Algarve, qui fut longtemps le terrain de jeu préféré des retraités franco-européens en van, concentre les contrôles les plus sévères. L’interdiction absolue concerne les zones Natura 2000, les plages et les parcs naturels, particulièrement denses en Algarve. Cette côte applique une interdiction stricte toute l’année, coordonnée entre polices municipales et GNR. Résultat : des communautés entières de vanlifers qui avaient leurs spots de toujours se retrouvent à devoir repenser leur itinéraire. La fiscalité aussi a changé la donne, depuis la fin du régime fiscal avantageux au Portugal en 2024, beaucoup de retraités français revoient leurs plans.
La Galice : même façade atlantique, autre planète
La Galice est la communauté autonome la plus occidentale d’Espagne, au nord du Portugal. Elle est bordée par l’océan Atlantique, la frontière portugaise et la mer Cantabrique. Pour qui vient de Lisbonne ou de Porto en van, la frontière se franchit sans effort. Le dépaysement, lui, est immédiat. Les Espagnols ont un mot pour ça : ils considèrent la Galice comme étant la “Bretagne de l’Espagne”. Landes vertes, granit gris, océan musclé. Mais avec des plages que peu de Français imaginent trouver ici.
Avec plus de 1 500 kilomètres de côte, sans compter les îles avoisinantes, les options de plages sont quasi infinies, offrant un mélange de paysages marins, de villages de pêcheurs, de phares et de rías. La playa de Rodas, sur les îles Cíes, a été sacrée meilleure plage du monde par The Guardian en 2007. Pas une citation pour touristes pressés : les eaux y sont d’un vert caraïbe qui tranche avec la réputation brumeuse de la région. Côté camping-car, la région offre une multitude d’options pour stationner son camping-car, que l’on soit amateur de campings bien équipés ou de spots sauvages, de nombreux endroits permettent une immersion totale dans la nature galicienne, très souvent devant les grandes plages.
Ce qui séduit les itinérants chevronnés, c’est précisément ce que le Portugal a perdu : la sensation d’être seul face à la mer. La Galice profite de sa situation. Alors que les touristes affluent sur la côte méditerranéenne, de nombreux coins de nature galicienne demeurent intacts. Un vanlifer qui a roulé deux mois sur les routes du nord résume bien la chose : le Portugal était devenu prévisible. La Galice, elle, vous surprend encore au prochain virage.
Itinéraires, budget et spots : ce qu’il faut savoir avant de partir
Le territoire est grand : 29 574 km², c’est presque la superficie de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il faut donc choisir. L’axe le plus couru en van part d’A Guarda, collé à la frontière portugaise, et remonte vers le nord. La Galice est un paradis pour les amoureux de la nature sauvage. Des côtes escarpées de la Costa da Morte aux plages dorées des Rías Baixas, chaque arrêt révèle une nouvelle facette de cette région. Pour ceux qui veulent aller plus loin, le Camino dos Faros (ou “Chemin des Phares”) est un sentier de randonnée emblématique de la côte galicienne, reliant Malpica à Fisterra sur une distance d’environ 200 km. Idéal pour poser le van et chausser les baskets quelques jours.
Le budget, lui, reste l’un des principaux arguments. Un budget quotidien de 50 à 80 euros suffit pour une immersion dans la nature galicienne, son histoire et ses saveurs. L’essence est moins chère qu’en France, les fruits de mer sont frais et abordables, le coût de la vie est inférieur à la France, on mange très bien, le poulpe à la galicienne avec du paprika fait partie des incontournables. Quant aux routes, bonne nouvelle : en Galice, on dénombre plus d’autoroutes gratuites (autovía) que de portions payantes (autopista).
La météo, en revanche, mérite un mot honnête. On surnomme la Galice “la Bretagne de l’Espagne” pour les paysages. De plus, pour le temps qui peut changer plusieurs fois par jour. Un K-way dans le van n’est pas optionnel. La meilleure fenêtre ? La saison idéale s’étend de mai à juin et de septembre à octobre pour éviter la foule. Juillet-août restent beaux mais voient affluer les Espagnols du centre, qui ont eux aussi découvert leur propre Bretagne intérieure.
Au-delà de la Galice : la côte cantabrique, l’autre pépite
Les retraités itinérants les plus aventureux ne s’arrêtent pas à la Galice. Ils continuent vers l’est, longeant la côte cantabrique jusqu’au Pays Basque. De la Galice au Pays Basque, en passant par les Asturies et la Cantabrie, un itinéraire en camping-car le long de la côte cantabrique met en valeur 18 des plus beaux villages de pêcheurs du pays. La Cantabrie, en particulier, reste méconnue. Délimitée par le Pays Basque, la Castille-et-León, les Asturies et la mer Cantabrique, la Cantabrie est une région souvent boudée des touristes. Elle vit dans l’ombre de la Catalogne, de l’Andalousie, des Îles Baléares ou de Madrid. Un avantage considérable quand on cherche à dormir face à l’océan sans voisin de palier.
Ce basculement de flux n’est pas anodin sur le plan des immatriculations. Les données d’immatriculation sur 12 mois montrent +2,7 % sur un an : 26 766 camping-cars neufs ont été immatriculés en France entre novembre 2024 et octobre 2025. Une génération de retraités actifs qui ne se contente plus d’une résidence secondaire, mais qui traduit ses aspirations en kilomètres. La côte nord-ouest de la péninsule ibérique n’était qu’une étape logique, celle qu’on finit toujours par trouver quand on a appris à chercher au-delà des cartes postales.
Sources : e.leclerc | mybiglittlevan.fr